Violences meurtrières: Après la fin de l’apartheid, la xénophobie sud-africaine atteint le pic

 

C’est un spectacle peu reluisant que présente la première puissance africaine depuis quelques temps. Ces violences ont éclaté dimanche soir à Johannesburg, la principale ville sud-africaine, avant de s’étendre à la capitale Pretoria. Des dizaines de magasins, appartenant principalement à des étrangers, ont été pillés, et des camions brûlés dans la province du KwaZulu-Natal (est). Au moins une dizaine de personnes tuées, depuis le début de ces violences le 1er septembre 2019 dans le centre-ville de Johannesburg, la plus grande ville sud-africaine, lors de ces violences dirigées contre les étrangers, a-t-on appris des témoignages recueillis sur place auprès de plusieurs ressortissants. L’Afrique du Sud est secouée par une vague d’émeutes xénophobes, notamment à Johannesburg, qui s’est soldée par la mort d’au moins quinze personnes, plus de cinq cents arrestations et des dégâts considérables, selon le dernier bilan des autorités.

Indignation dans toute l’Afrique

Malgré l’annonce faite par la police dimanche soir sur son compte Twitter que la situation était sous contrôle « et qu’elle continuait à surveiller le quartier pour éviter tout nouvel incident ». Les réactions ainsi que de vives émotions ne se sont pas faites attendre à travers tout le continent africain, face à ces émeutes xénophobes qui remet sur la table de tristes souvenirs. Les attaques xénophobes qui ont éclaté dimanche en Afrique du Sud ont provoqué l’indignation dans plusieurs pays africains, où les violences contre les intérêts sud-africains se sont multipliées.

Dans certains pays, comme le Nigeria, des manifestations ont visé en représailles les intérêts sud-africains. Le consul nigérian a annoncé lundi que 600 de ses compatriotes seraient rapatriés, après en avoir fait la demande. Signe de la gravité de la situation. A ce jour, le premier groupe de Nigérians fuyant la violence xénophobe en Afrique du Sud a déjà foulé le sol de Lagos. Les 188 personnes à bord d’un vol ont été les premiers rapatriés sur le nombre impressionnant de  Nigérians qui ont déclaré vouloir rentrer chez eux.

 

 

Sur le front diplomatique, l’heure est également à l’apaisement. Le Nigeria, théâtre de violences contre les intérêts sud-africains, en représailles aux attaques xénophobes, a annoncé sa volonté de trouver une solution, après des jours de tensions entre les deux grandes puissances économiques du continent. Sur le reste du continent, la colère contre les intérêts sud-africains continuait à s’exprimer jeudi. En République démocratique du Congo (RDC), le consulat d’Afrique du Sud et un magasin d’une enseigne sud-africaine ont été attaqués à Lubumbashi (sud-est), la deuxième ville du pays. De son côté, léquipe malgache de football a annoncé l’annulation du match amical prévu samedi en Afrique du Sud, compte tenu des inquiétudes sur « la sécurité de la délégation de Madagascar ».

Un pays attractif sur le continent africain

L’Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, attire des millions d’immigrés africains à la recherche d’une vie meilleure. Mais le pays se débat avec un fort taux de chômage (29 %) et d’énormes disparités sociales et économiques, qui alimentent régulièrement un sentiment xénophobe dans la nation « arc-en-ciel » rêvée par l’ancien président Nelson Mandela. Avec un PIB de 370 Mds USD (62 % du PIB d’Afrique australe ; 21 % du PIB d’Afrique sub-saharienne), l’Afrique du Sud, unique pays africain membre des BRICS et du G20, est la 2e économie du continent derrière le Nigéria et devant l’Égypte. Toutefois, en termes de richesse par habitant, l’Afrique du Sud (6 377 USD/tête – 2e pays d’Afrique australe derrière le Botswana) se situe bien devant ces deux pays.

Le pays dispose de nombreux atouts qui en font une économie émergente importante : économie la plus moderne et diversifiée d’Afrique (malgré une forte dépendance au secteur minier – 7 % du PIB). Son secteur des services puissants (notamment financiers – 21 % du PIB), avec une large ouverture aux exportations, une stabilité politique et fiabilité des institutions notamment judiciaires, font d’elle une destination qui fait rêver. La croissance du pays a cependant du mal à redécoller depuis la récession de 2009 (croissance de 1,3 % en 2017). D’importants progrès ont été enregistrés depuis la fin de l’Apartheid : réduction de l’extrême pauvreté (11,5 % en 1994, 5 % en 2019), accès à l’électricité (accessible pour 83 % des ménages) ou au logement (79,4 % des ménages résident aujourd’hui dans des maisons en dur), mais le pays souffre encore d’importantes disparités sociales.

 

 

Des séquelles de l’apartheid

 L’Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, est le théâtre régulier de violences xénophobes, nourries par le fort taux de chômage (29 %) et la pauvreté. En 2015, sept personnes avaient été tuées au cours de pillages visant des commerces tenus par des étrangers à Johannesburg et à Durban.

En 2008, des émeutes xénophobes avaient fait 62 morts dans le pays. Pour le plus grand nombre de noirs d’ici, la vie libre de l’après-apartheid charrie toujours le dénuement, la maladie et souvent la violence. Mais sur leurs têtes, quelques uns ont pu avoir un toit en dur. Ce qui n’est pas le cas pour des centaines de milliers d’indigents qui surpeuplent le bidonville d’Alexandra, à l’est de la ville, collection bariolée de masures informelles en tôle et plastique, en parpaings dans le meilleur de cas. Pour ces habitants, l’autoroute M1 est la ligne de démarcation entre leur monde et l’autre, juste en face, celui des luxueuses maisons des immeubles d’affaire de Sandton, le quartier le plus opulent de Johannesburg. Un quart de siècle après la fin de l’apartheid, ce monde-là reste hors de leur portée.

Le Mouvement Panafricain et Citoyen Luy Jot Jotna réagit aux dérives xénophobes en Afrique du Sud

A Alexandra, l’inactivité touche au moins 60% de la population. Rendu au premier semestre  2019, le taux de chômage officiel dans l’ensemble du pays était en augmentation à 27,6%. Dans la communauté blanche, il s’élevait à 7%… et à 30,5% chez les Noirs. En réalité, il y frôle plus probablement 45%. «Le pays est affligé d’un paradoxe, souligne un diplomate européen. Il y règne un chômage massif mais il est obligé d’importer la main-d’œuvre qualifiée qu’il ne trouve pas sur le marché local.» Aucun secteur n’est épargné par la pénurie: artisanat, ingénierie, médecine, informatique… Le cas de l’administration publique est parlant: «Dans certains départements, 70% des emplois sont à pourvoir», note Marius Roodt, chercheur à l’Institut sud-africain des relations entre les races. Durant l’apartheid, l’administration était blanche pour l’essentiel. A sa chute, de nombreux fonctionnaires ont été incités à prendre une retraite anticipée, d’autres ont quitté le pays. Il fallait renouveler l’appareil. Mais plus de deux décennies plus tard, quantité de postes restent vacants, et la qualité des services publics s’en ressent. Pour Mark Lamberti, le patron du groupe de distribution Massmar,: «L’héritage le plus dévastateur et le plus persistant de l’apartheid est qu’il a détruit le capital humain de notre nation. Pour la plupart, les Noirs n’ont pas été éduqués […]. La confiance, l’estime de soi et l’humanité a été insidieusement détruite. »

 

Par Thierry Eba / Afrique-54.com / Afrique

 

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