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Interview du romancier camerounais Calvin Djouari  : « Le processus révolutionnaire en Afrique est irréversible »

Interview du romancier camerounais Calvin Djouari  : « Le processus révolutionnaire en Afrique est irréversible »[

Rectificatif] 📝

Depuis l’île de de France, l’écrivain camerounais qui connaît « le Gabon par cœur », pour y avoir vécu pendant plus d’une décennie, a accordé  une interview choc sur la  multiplication des coups d’Etat en Afrique notamment au lendemain du coup de force du général Oligui Nguema au Gabon.

  Parlant du processus révolutionnaire en Afrique qu’il trouve irréversible, l’auteur de « Le retour du roi Rudolf Duala Manga Bell »  analyse froidement les environnements socio-politiques du Cameroun et du Gabon, voit Paul Biya dans la peau de « révolutionnaire silencieux ».

Interrogé sur le mouvement frankiste et Franck Emmanuel Biya, il pense qu’à présent au Cameroun, « on ne veut plus les présidents sournois  et on ne devient pas président en rencontrant les chefs traditionnels ».

Calvin Djouari  réagit sur les erreurs impardonnables de l’opposant  camerounais Maurice Kamto qui, selon lui, « ressemble à un savant égaré » et fait une politique qui  « énerve ».

 

 

L’actualité africaine depuis quelques jours est marquée par la montée des coups d’Etat. La situation en Afrique de l’Ouest et au Gabon nous interpelle. Quelle lecture faites-vous ?

Comme homme public toutes ces situations nous interpellent. Quand il y a assassinat comme celui de Martinez Zogo ou coup d’Etat, l’homme de culture doit parler. L’intellectuel qui ne parle pas est un lâche. Il doit être disqualifié. Ce qui se passe en Afrique actuellement  est une force des temps. Pas anormal, pas négligeable, tout cela signifie même si vous ne vous en rendez pas compte que c’est un extraordinaire moment où  une énergie surnaturelle plane sur l’Afrique. C’est inévitable dans le destin des hommes. On ne négocie plus quand cela arrive. Lorsque ce temps  arrive, on ne peut plus  rien. On aura beau libérer les forces, mais on finira par se plier. C’est cette énergie qui a emporté Mubutu, Kadhafi, et maintenant Ali Bongo.

Vous vous souvenez de l’Evangile qui dit « qu’il croisse et que je décroisse.» Quand le temps de celui qui croît arrive, l’autre décroît. Maintenant pour répondre concrètement à votre question, il faut savoir que dans nos pays, il y a beaucoup de gens qui ont le sens commun, et qui se soucient du bien-être de tous. Le destin parvient à les amener inévitablement là où il faut. Chez les militaires, on trouve également de grands hommes dans l’histoire. De Gaulle était un illustre inconnu, il a surgi et a fait son devoir devant un destin qui était écrit.

Un coup d’Etat qui réussit, peut-être un coup de destin. Maintenant à chaque homme qui prend le pouvoir de prouver pourquoi il l’a pris. Je n’aime pas les aventuriers assoiffés de pouvoir.

 

 

Les injustices font naître les mouvements révolutionnaires. Les misères, les tortures et les guerres.  C’est ce qui se passe en Afrique de l’Ouest. L’Occident a voulu faire en Afrique de l’Ouest ce qu’ils ont tenté en Afrique Centrale en 94 avec l’arrivée de Kabila au pouvoir. L’objectif était de prendre le contrôle de toute l’Afrique Centrale mais cela a échoué avec le retour de Sassou Nguesso au Congo. Beaucoup ne savent pas que c’est le Président Sassou qui a sauvé l’Afrique Centrale. Ce que Bill Clinton et la CIA avait préparé était très grave. Mobutu l’avait compris avec l’élimination du président Juvénal  Habyarimana.

En Afrique Centrale, ils sont passés par un génocide parce que les Bantous manquent parfois de discernement. C’est facile de les monter les uns contre les autres avec une petite ruse, ils sont impressionnés quand c’est un Européen qui leur parle, il y a des Noirs qui peuvent méconnaître un frère parce qu’il marche avec un Blanc. En Afrique de l’Ouest le génocide n’est pas possible. C’est pourquoi on emprunte la voie des terroristes. C’est un vent qui continuera de souffler et qui va renverser d’autres présidents s’ils ne font pas attention. Et s’ils ne font pas la volonté du Peuple.

Le processus révolutionnaire en Afrique est irréversible. En regardant dans le rétroviseur, vous verrez que dans beaucoup de pays de l’Afrique de l’Ouest, des présidents ont été assassinés pour des causes justes. On n’assassine pas les présidents qui recherchent le bien-être des peuples. Ce sont des puissants rois qui, quand on les enterre, s’en vont avec les yeux ouverts, ils finissent toujours par ressusciter. Je pense à Modibo Keita, Hamani Diori, Sékou Touré, Sankara, Barthélemy Boganda, Tombalbaye, Ibrahim Baré Mainassara, William Richard Tolbert…

 

Est-ce l’éveil de l’Afrique ?

C’est le temps africain. De toutes les façons, il ne faut plus trop croire au vote. La démocratie en Afrique a été brandie pour vendre ce continent aux enchères. Il y a des pays à présent qui n’ont plus droit à leur patrimoine, vous ne pouvez pas le savoir.

La démocratie en Afrique n’existe nullement, n’allez surtout pas me dire que cela a réussi dans tel ou tel pays, aucun. C’est un jeu entre amis. La démocratie a été instaurée en Afrique pour détruire ce continent, le sectionner et le partager. Dites-moi dans quel pays il n’existe pas de prisonniers politiques. Les prisonniers politiques dans les pays démocratiques sont ceux qui ont su la vérité sur leur pays.

Tous les présidents mettent des hommes politiques en prison. Les assassinats atroces continuent. Le parti unique était mieux, il permettait de préserver les vies humaines. Depuis trente ans… combien de morts on a enregistré.

Dans la plupart des pays, on ne voit que des guerres, des divisions des cruautés. Avec le retour de la guerre froide, l’Afrique va retourner au parti unique. L’Afrique comme l’a dit Erasme dans l’éloge de la Folie, nous apporte toujours quelque chose de nouveau. Vous verrez cela un jour. Elle est comme elle est, mais celui qui la touche meurt.

 

 

 

Le président Sarkozy qui s’était permis d’insulter l’Afrique, constate aujourd’hui que c’est lui qui n’entrera pas dans l’histoire avec tout ce qui le poursuit depuis son départ.

L’Afrique, c’est comme le Pygmée en forêt. Vous marchez ensemble, ne croyez surtout  pas qu’il est idiot. Mais il a sa vie et il préfère sa vie ; dans la forêt, il perçoit des choses que vous ne percevrez pas. Il voit des choses que vous ne verrez pas.

L’Afrique marche calmement, c’est son essence, et personne ne peut évacuer cela en elle. Elle attend la suite des événements, parce qu’elle a le temps et l’espace. Ce que je  regrette c’est le fait que ces nouveaux leaders, qui prennent le pouvoir en Afrique, passent leur temps à faire des discours, des interviews, des rassemblements. Jusqu’à présent, il n’y a pas d’idéologie forte qui se dessine. J’ai l’impression qu’ils sont encore animés par la passion des discours et de paraître pour être applaudi.

Le révolutionnaire est un mythe. On ne doit pas le voir tous les jours. Avez-vous vu Mao Tsé Toung, Hô Chi Minh, le Roi Hassan II, Kim IL Sung  II et l’Ayatollah Khomeiny se pavaner tous les jours pour faire discours sur discours ? Ils laissaient cela à d’autres. Le révolutionnaire est là pour penser. Il est nécessaire d’être un mystère pour son peuple.

Quand on voit trop un leader, à un moment on n’a plus envie de le voir. C’est ce qui pousse les gens à fomenter les coups. Celui qu’on voit tous les jours finit toujours à exposer ses faiblesses. Tous les jours des rassemblements, et puis quoi d’autres ? Pourtant, c’est le moment d’organiser les comités révolutionnaires pour parer à toute éventualité. C’est le temps de créer des comités révolutionnaires dans toutes les villes et villages. Puisqu’ils n’ont pas d’armes. Ils n’ont que leur main et leur voix. On n’a plus de Che Guevara dans le monde.

Ces pays oublient que la guerre est devant eux. Elle est là, et il faut la préparer déjà. C’est une bataille pour la vie, s’ils gagnent cette guerre, ils auront tout gagné. Ça ne va pas tarder. Ils doivent se préparer.  Pour les beaux discours, je ne dis pas qu’il faille s’éloigner du peuple, il ne faut pas trop en faire, il faut laisser cela à d’autres collaborateurs.

 

 

Parlant du coup d’Etat au Gabon. Que répondez-vous à ceux qui voient une histoire montée de toutes pièces pour éloigner l’opposition du pouvoir. Des gens disent que la France serait à la manœuvre ?

Vous savez, j’ai vécu au Gabon. Je connais le Gabon par cœur. J’avais des amis à la présidence. Le Gabonais ne cache rien. Je n’ai pas le droit de livrer un secret de sécurité gabonaise, parce que je peux me tromper. C’est un vrai coup d’Etat. Dire qu’il y a eu un trucage, c’est ne pas connaître pas le Gabon et le clan Bongo. C’est un enjeu matériel inestimable au Gabon. Parce que la famille Bongo possède beaucoup de richesses.

Les Gabonais aiment l’argent même comme ils ont de la prodigalité. On ne peut pas dire que c’est une supercherie. C’est exactement ce qu’Obiang Nguema avait fait à son oncle. Mais seulement c’est une trahison de Palais. En faisant cela le président Brice Oligui Nguema a travesti les lois mystiques qui le rattachaient à sa fonction.

Ce n’est pas pour rien qu’il a fait venir les missionnaires pour sa première rencontre enfin qu’on prie pour lui. Il sait qu’il a trahi et qu’il peut mourir. Alors il demande la protection divine. Mais à la différence avec le président guinéen, il ne va tuer personne dans sa famille. Les Gabonais n’aiment pas tuer d’autres Gabonais. La vie est sacrée chez-eux.

Il ne faut pas oublier que le nouvel homme fort du Gabon avait été éloigné par Ali Bongo, c’est une  intuition qui l’avertissait ;  et une fois à l’extérieur, Oligui Nguema est très certainement entré en  contact avec les services secrets. On va conseiller Ali de le rappeler parce qu’il est un homme charismatique, craint qu’il lui faut pour sa sécurité. Ali va céder. Brice Clotaire Oligui Nguema attendait le bon  moment. Comme il connaît tout le palais, c’était facile pour lui de neutraliser  l’entourage avec ses pions qu’il avait placés. Voilà la  première approche.

 

Bon maintenant pour ce qui est de la deuxième approche, je sais d’aventure que faire un coup d’Etat au Gabon est pratiquement difficile. Je ne dirai pas que ce soit irréalisable mais je dis difficile. Le Palais présidentiel est une merveille de la construction. Vous devez être conscient de la richesse gabonaise. Le Gabon est un pays excessivement riche. Tel que le palais a été édifié, on a mis beaucoup de moyens, vous pouvez chercher le président cent ans, vous ne saurez pas où il se trouve. Je dis bien que le président est imprenable dans ce palais.

 

 

S’il y a eu un coup réussi, il est probable qu’Ali Bongo l’eût arrangé ainsi, ou alors il a été piégé par celui qui était censé le protéger. Ali est invalide, il n’a plus ses réflexes de sécurité. Il écoute ce qu’on lui dit et s’exécute. On  a tenu compte de son invalidité qui ne lui permet plus de continuer son destin. Or, il faut reconnaître qu’il a été pendant les 14 ans de son règne, le président qui a modernisé l’œuvre de son père.

Ali Bongo était un révolutionnaire, mais il agissait en douce comme Paul Biya. Il avait interdit l’exportation du bois et beaucoup d’autres produits afin que cela soit conserver pour l’avenir de la jeunesse. Sa maladie fut certainement un coup raté par ceux qui l’en voulaient. Ce n’est pas le lieu de se moquer de lui aujourd’hui, c’est un homme qui a beaucoup œuvré pour le bien de son pays. Il reste un éminent homme d’Etat. Malheureusement, les Africains agissent toujours comme cette foule qui accueille Jésus le jour de la fête des rameaux et accepte sa crucifixion trois jours après.

Brice Oligui est un homme qui voulait un jour accéder à la fonction présidentielle. Il rêvait puisqu’il a été derrière les deux présidents. Il connait tout. Dire qu’il y a eu machination  ourdie de Palais je dis non, l’enjeu est de taille pour qu’on puisse laisser cela à celui-là. C’est un coup préparé depuis longtemps, par la mère poule, qui était là tout près. Mais seulement lorsqu’on voit le rythme de travail du nouvel homme fort, on arrive à la conclusion selon laquelle il avait déjà un calendrier bien ficelé.

Dans ce cas,  c’est que l’opinion internationale pense qui s’est réalisé. Mais je doute fort. Brice Oligui Nguema a de très bonnes idées pour son pays. S’il réussit, il passera pour être un grand réformateur. Il est conscient que la richesse de son pays doit être au service de son Peuple. Mais je sais aussi que la situation des étrangers va se compliquer parce que Nguema est un nationaliste pur et chauvin.  Parce que les hommes en tenue n’ont jamais fait de cadeau aux étrangers. Les Gabonais acceptent les étrangers, mais les torturent.

Un autre fait. Ali Bongo a appelé à l’aide à l’internationale au lieu d’appeler ses compatriotes en français. Il s’est adressé à ses amis de l’extérieur en anglais. Pourtant les frontières du pays étaient fermées. Il ne pouvait donc pas recevoir l’aide. Au Gabon, l’anglais est comme l’allemand au Cameroun. Le Gabonais ne comprend même pas ce que veut dire « Hello ». Le président Ali a joué à sa comédie, mais il était malheureux. Il finit son règne dans une tragi-comédie. Il ne faut pas oublier que l’opposant Albert Ondo Ossa est Fang. Au Gabon, on évite que cette tribu travailleuse, conquérante et intelligente arrive au pouvoir.

 

 

 Est-ce que ce coup d’Etat a vraiment résolu le problème des Gabonais ?

Si ça n’a pas résolu le problème, ça résoudra. On ne prend pas le pouvoir pour faire les mêmes choses que celui qu’on a déposé. Déjà il a de très bonnes idées. Il parle des bourses dans le secondaire, de la sécurité sociale et la construction des infrastructures  modernes.

Les militaires font toujours ce qu’ils disent et le Gabon mérite cela. C’est un pays qui pouvait dépasser le Qatar. Une autre chose,  le Gabon est un pays de droit. Les Gabonais sont des gens nationalistes et jaloux de leur indépendance. Ce sont des personnes qui n’ont pas peur de la mort. Des personnes capables de tout.

Dans un premier temps, les Gabonais vont se contenter d’observer le nouvel homme fort. Il faut savoir que le Gabon est un petit pays de par sa population. On a l’impression que les Gabonais se connaissent tous. Le Gabon est le seul pays où j’ai vu réellement  la liberté et la libre expression en Afrique.

Les Gabonais savent accueillir les étrangers. Ils ne sont pas à proprement parler xénophobes. C’est quand ils se sentent étouffés que naît la xénophobie. La preuve, les trois premiers  présidents ont épousé des étrangères. Par ailleurs, les Gabonais sont à l’origine des gens honnêtes. Pour eux, ce sont les étrangers qui apportent les mauvaises choses dans leur pays. Les Gabonais sont obligés d’être revêches d’où les violences fréquentes sur  des étrangers.

 

La situation au Gabon, interpelle-t-elle le Cameroun ?

Aucunement, le Cameroun n’est pas le Gabon. C’est deux mondes. C’est facile de tromper un Gabonais pas un Camerounais qui est sous serment. Je doute fort dans nos forces. Les Camerounais sont exceptionnellement intelligents. Je ne dis pas que les Gabonais ne le sont pas. Mais il y a un art de vivre camerounais qui est très différent de la culture gabonaise. Quand tu observes le président Bongo père, Bongo Fils et Brice Nguema, ce sont des personnes dégagées, qui ne se méfient pas trop. Tout cela se reflète au niveau des institutions.

 

 

Au Gabon, vous pouvez rencontrer un général, un ministre ou un conseiller du président, un maire ou un préfet, un président du tribunal dans un bar en train de boire à bouche que peux-tu ? Je le dis parce que j’étais propriétaire d’un bistrot au Gabon. Vous ne verrez nullement cela au Cameroun. Au Cameroun, les tentatives de coups d’Etat ont fait prendre conscience du respect des institutions. Nous avons le sens de l’honneur et de la dignité de la fonction depuis le président Ahidjo.

Les grandes écoles inculquent ces valeurs à nos futurs dirigeants. Mais c’est un handicap énorme pour le fonctionnement des institutions. Pour voir un responsable, c’est tout un protocole. Et ça retarde la marche du pays quand il faut s’aligner pour voir un préfet ou un ministre. Ils sont au service du peuple. La fonction de pouvoir a vertu cardinale. Etre au service de la Nation. Nous sommes un pays très divisé mentalement, dire que cela va se produire au Cameroun, je n’y crois pas du tout.

D’ailleurs le cas du Gabon est un cas d’école. Les Camerounais très intelligents vont changer de posture d’ici peu.  Qui viendra dire à un militaire de faire quelque chose ? La personne sera aussitôt arrêtée. Je connais quelqu’un au Cameroun qui avait livré à un haut responsable une information stratégique sur le NOSO, de l’imminence d’une attaque des Ambazoniens, il était de bonne foi, il a aussitôt été mis au cachot. En plus Paul Biya aujourd’hui est un patriarche. Il est respecté. Ses proches préfèrent le laisser le tranquille.

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En clair doit-on s’attendre à un départ du Président Paul Biya en 2025 ?

Il n’a pas cette intention. Mais la situation du Gabon fait peur. Parce qu’il n’a plus d’argument pour y demeurer. Mais je connais le Cameroun c’est le Cameroun, il y a des stratèges qui dès à présent vont se mettre à réfléchir sur ce qui faut faire. Et je dis au leader politique et au bavard, de faire très attention (je donne toujours de bons conseils). Il y a un scénario qui joue en sa faveur. Je vais vous dire pourquoi.

 

 

Il est essentiel de savoir que la guerre froide est revenue et a atteint avec la crise ukrainienne le point volcanique. Il y a un volcan dans le monde. Si le monde était comme au début du XX ème siècle sans arme nucléaire, la guerre aurait éclaté, mais l’arme nucléaire des Russes fait peur à l’Occident. Nous traversons un moment très délicat, il suffit qu’il y ait un effet détonateur pour que la guerre éclate ou qu’on élimine une personne. C’est ce qui s’est passé avec le journaliste et l’homme d’affaire. Deux personnes ont été éliminées. On a voulu éliminer l’un pour disqualifier l’autre. C’est sans état d’âme. Donc il faut faire attention. Parlant toujours du Cameroun. Je n’entre dans aucun détail.

L’Occident est en train d’atteindre son plus bas niveau économiquement. Cela ne se dit pas encore officiellement. Vous vous imaginez qu’il n’y ait pas de lumière à Paris à partir de 23 h et dans toute l’île de France ?  Paris est dans le noir… qui l’eut cru ? Les produits sont excessivement chers actuellement en Europe. Donc les pouvoirs comme ceux de Paul Biya sont protégés par le camp d’en face. Et le président Paul Biya a risqué sa vie pour préserver le Cameroun de la mangeoire occidentale.

Les gens ne le savent pas seulement. C’est un révolutionnaire qui utilise la non-violence, c’est un révolutionnaire qui fait tout en douceur. Je ne dis pas qu’il fait tout bien, loin de là. C’est un président qu’on ne sait nullement ce qu’il pense. Et quand il ouvre la bouche, on ne sait pas si c’est pour rire ou pour mordre. Méfiez-vous des gens toujours souriants.

A l’approche de 2025, il y aura des événements comme d’habitude, des tactiques qui vont disqualifier ses concurrents,  le ralliement sera fort. Vous n’avez pas voulu évoquer le cas Franck Biya, ce sera la mer à boire. Ce que je sais, c’est que le cercle de Biya ne donnera pas le pouvoir à une personne loin du sérail. Sinon, il sera dépouillé après son départ comme les autres anciens présidents. Or c’est un homme qui n’aime pas qu’on touche à son honneur et à sa dignité. Ce pouvoir n’a pas été saint. On ne peut pas lui en vouloir. Personne ne peut diriger en Afrique sans dictature.  Personne.  Il voit l’expérience qui se déroule autour de lui après les départs des présidents, si ce n’est pas Franck ce sera un proche. Je crois. Et les Camerounais n’ont pas les moyens de faire face. C’est dommage. On a des institutions qui ont des mains enchaînées. On ne combat pas avec les mains enchaînées.

 

 

Justement je ne pouvais manquer de vous poser la question sur Franck Biya. Que pensez-vous du mouvement dont les membres voient en Franck Biya celui-là qui peut faire le consensus après le règne de son père ?

Consens quoi ? Vous savez je ne peux parler de Franck Biya tout simplement parce qu’il faille montrer de l’aigreur. Pour moi, c’est le bien-être des Camerounais qui m’intéresse. Je ne pense pas que Franck Biya ait une intention de ce genre. Le vrai jeu est caché, je crois. Parce que si Franck Biya avait une intention quelconque, il aurait déjà eu une idée sociale même pour tromper la jeunesse, comme je vois  Théodorin Nguema, qui va vers la population pour voir, résoudre et informer son père, supprimer les injustices. C’est déjà une idée sociale. Mais venir seulement comme ça un jour et demander qu’on vous vote, ce serait sur quelle base ? Pourtant les Camerounais apprécient son charisme, sa beauté, mais qui connait sa culture politique ? Puisqu’il ne parle pas.

A présent au Cameroun, on ne veut plus les présidents sournois, cela nous a coûté cher. On ne devient pas président en rencontrant les chefs traditionnels. Il est Camerounais. S’il veut être président qu’il entre en campagne et qu’il présente son projet social. C’est facile pour lui de le faire, puisqu’il a les moyens de le faire. S’il a un bon projet social qui me convainc, je le voterai tout simplement parce que ce projet peut apporter des solutions à la souffrance des Camerounais. Mais pas pour sa beauté. Je suis d’ailleurs convaincu que la nouvelle constitution gabonaise fera attention à ce genre de succession.

 

 Quelle pourrait-être l’issue favorable pour une transition pacifique au Cameroun ?

Il faut faire très attention avec ces gens de Yaoundé. Si vous n’avez pas peur des gens, je vous prie d’avoir peur d’eux. Ce sont des gens machiavéliques. Il y a un enjeu politique historique, et ils ne vont pas s’amuser. Regardez le sort qu’ils ont fait subir à Martinez Zogo. Ils sont capables de plus que ça. La transition sera une surprise puisque le Cameroun est un pays des surprises.

Qui savait que Paul Biya serait président ? Nous avons été surpris en 82, je revois cela comme si c’était hier. Ce sera le même scenario. Les Camerounais vont se réveiller un jour avec un nouveau président devant eux. Ils ne tiendront pas compte de la constitution. Tous les scénarios sont envisageables parce qu’il n’y a personne au Cameroun capable de lever la tête. Le Camerounais, généralement, tient à sa vie. Et pourquoi ne voulez-vous pas que la transition ne soit pas pacifique ?

 

 

Le leader du MRC dont on se souvient qu’il a refusé de présenter son parti aux élections législatives et municipales de 2020, s’oppose aujourd’hui à l’éventualité d’un report des prochaines législatives et municipales. Quelle observation faites-vous de cette manœuvre projetée du MRC ?

C’est la politique du spectacle. Le MRC est un parti qui a suscité de l’espoir. On croyait qu’il pouvait apporter à la politique africaine ce qui lui manquait. Je l’ai soutenu intellectuellement avant de comprendre que j’allais me fondre dans un parti régionaliste. Comment un leader politique peut-il se permettre de dire devant la plus haute juridiction « je suis Bamiléké, toi tu es Bulu » ? Par ces mots, le professeur a inauguré la lutte tribale qu’on voit aujourd’hui.

Il a cru qu’il pouvait donner à sa déclaration une explication intellectuelle, mais l’homme de la rue ne comprend que ce qu’il a dit.

Le professeur, ce jour-là, s’était vraiment égaré devant l’arène qui juge son domaine de métier. J’ai eu des frissons, quel langage aussi bas !  D’abord la fermeté du ton en disait long. J’ai eu honte. On peut expliquer d’autres choses, mais il a dit ce qu’il a dit. Cela sortait de son subconscient.

 

 

Qui lui a dit qu’il y avait un problème Bamiléké – Bulu ? C’est ce jour-là qu’il s’est enterré politiquement. Heureusement que Grégoire Owona l’a recadré, Grégoire n’est pas un juriste, mais il avait démontré ce jour-là que Kamto ne savait pas où il allait. « Que vient faire le problème Bamiléké  ici, que vient faire le problème Bulu ici». Voilà l’âme camerounaise restituée. Et vous voulez qu’on élise quelqu’un comme celui-là. Le leader du MRC ne sait pas quoi faire de son leadership. C’est dommage pour quelqu’un qui boycotte une élection en privant ses camarades de se construire une carrière politique. Quel gâchis ! Quel gâchis ! Quel gâchis !

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En politique, on ne boycotte pas. La démocratie, c’est quelque chose de très cher. Lorsqu’il y a une petite parcelle, il est essentiel de l’occuper. Venir en politique et vouloir à tout prix gagner, est une erreur de jeunesse. C’est pourquoi il se fantasmait déjà d’être président.

Malgré toutes ses connaissances, la façon du leader du MRC de faire la politique énerve. Il ressemble à un savant égaré. Une personne qui a une foule derrière lui et qui tombe dans des erreurs d’amateurs, c’est regrettable.

Par ailleurs, il ne condamne pas les violences des personnes qui se réclament être ses partisans. Une grosse erreur, bientôt on va le caricaturer comme une personne qui soutient la violence. Le moment venu, ces gens de Yaoundé utiliseront cela contre lui. Ses erreurs ont fait que ses camarades demeurent en prison.

Regardez les souffrances des militants en prison. Le leader du MRC a été mon professeur, mais il est décevant. Il se comporte comme un général à qui on a donné les meilleures armes, mais qui au champ de bataille, ne sait ni lire la carte opérationnelle, ni mener une bataille. Il s’égare sur le champ de bataille. Il sera balancé tel une tisse comme en 2018.  C’est dommage pourtant c’était la fine fleur qui nous restait dans ce pays. Et voilà il faudra attendre longtemps.

 

Interview réalisée par Marcien Essimi pour Afrique54.net

 

 

 

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