Entretien eX’Clusif avec Prof. Steeve Nzegho Dieko autour de son ouvrage « Enjeux géopolitiques et hydropolitiques dans le Golfe de Guinée »
■■ Dans un contexte international marqué par la recomposition des rapports de force et la ruée vers les ressources stratégiques, le golfe de Guinée s’impose comme l’un des épicentres géopolitiques majeurs du XXIe siècle.
■■ Entre enjeux énergétiques, insécurité maritime et rivalités de puissances, cette zone cristallise toutes les tensions contemporaines.
■■ Souligant que « Le Golfe de Guinée constitue aujourd’hui l’un des espaces les plus stratégiques et les plus convoités du continent africain », le Professeur Steeve Nzegho Dieko, à travers son ouvrage, propose une lecture approfondie des interactions entre géopolitique et hydropolitique dans cette zone clé.
■■ Dans cet entretien accordé à AFRIQUE54, l’intellectuel africain, membre actif du laboratoire CRECCAPI/FDSE et président du think tank Centre africain d’analyses politiques et stratégiques, partage son analyse et éclaire les défis ainsi que les perspectives qui s’imposent aux décideurs africainsvers qui il lance un appel : « L’Afrique doit chercher à avoir une défense ; une puissance maritime surtout face aux enjeux et aux défis sécuritaires maritimes. »
▌ Qu’est-ce qui vous a motivé à consacrer un ouvrage aux enjeux géopolitiques et hydropolitiques dans le golfe de Guinée ?
L’intérêt de cet ouvrage tient, somme toute, aux problématiques qu’il entend traiter c’est-à-dire les enjeux de souveraineté, de sécurité maritime, d’économie bleue, de développement durable, de coopération régionale et de grammaire de puissance, que je qualifie de thalassocratie.
L’ouvrage explore également l’adaptation de la piraterie aux nouvelles technologies et aux évolutions du monde maritime.
Le cœur battant de mon livre se trouve à ce niveau parce qu’il examine entre autres les transformations majeures survenues dans la région, notamment :
- La course aux ressources énergétiques : mise en lumière de l’intérêt accru des grandes puissances pour les richesses du golfe de Guinée ;
- Les politiques de sécurité maritime : étude des stratégies mises en place pour sécuriser la région face aux menaces émergentes ;
- L’évolution du trafic maritime : analyse de l’impact de la révolution du transport maritime conteneurisé sur la région.
▌ Pourquoi avoir choisi d’associer précisément les dimensions géopolitiques et hydropolitiques dans votre analyse ?
Le Golfe de Guinée constitue aujourd’hui l’un des espaces les plus stratégiques et les plus convoités du continent africain. Entre enjeux maritimes, défis hydropolitiques, sécurité régionale, ressources naturelles et jeux de puissance. Cette zone concentre les problématiques majeures qui interrogent à la fois les États riverains et les acteurs internationaux.
L’objectif recherché en associant ces deux concepts : géopolitiques et hydropolitiques résultent tout simplement aux enjeux de l’eau dans un contexte géopolitique et géoconomique. Les risques géopolitiques dans cette région du Golfe de Guinée évoluent sous le paradigme dominant de l’équilibre des pouvoirs.
En effet, cette zone s’étend sur 2. 350.000 km2 de par sa position sur les routes mondiales entre l’Europe et l’Asie, et ses richesses propres représentent pour les populations des pays riverains un espace économique vital. Par exemple, en terme de ressources halieutiques : Elles sont estimées à un milliard de tonnes ; pour ce qui concerne les ressources pétrolières et gazières, qui font la zone, la première région pétrolière d’Afrique.
Le point des sorties des ressources extraites à l’intérieur des terres : notamment les minerais : manganèse, cobalt, nickel, niobium, fer, or, mais aussi le bois, le coton, le palmier à huile, le café, le cacao, le caoutchouc et également les gisements d’hydrocarbures terrestres.
Le Golfe de Guinée est donc un point de passage névralgique des exportations ; c’est une région vitale et géostratégique au cœur du commerce et des enjeux internationaux.
L’autre enjeu, est celui du fort taux démographique, le Golfe de Guinée compterait d’ici 2050 379 millions d’habitants, deviendrait le 3ème pays le plus peuplé du monde derrière l’Inde et la Chine. Et les pays du Golfe de Guinée concentraient le quart de la population africaine.
▌ À qui s’adresse principalement ce livre : chercheurs, décideurs politiques, étudiants ou grand public ?
L’ambition que j’ai nourri discrètement en écrivant ce livre, comme d’ailleurs mes précédents ouvrages : (Le syndrome d’Hubris dans les arènes politiques africaines ; ou la Ponérologie politique en Afrique contemporaine), a toujours été le souhait que tout le monde puisse me lire, surtout les Africains et sa diaspora. Les problématiques soulevées dans ce texte nous interpelle tous ; parce qu’il s’agit des problématiques et enjeux africains : enjeux démographiques, enjeux sécuritaires, enjeux maritimes, enjeux de développement , etc.
J’admets volontiers que certains titres (sujets) peuvent laisser penser un public bien ciblé ; mais je crois que tout public soit concerné par les problématiques soulevées.
Il est bien vrai que c’est un ouvrage qui s’adresse d’abord aux chercheurs, aux étudiants (es), décideurs politiques parce qu’ils sont au cœur de ces enjeux géopolitiques, mais c’est un ouvrage qui s’adresse au grand public qui porte sur des questions d’enjeux géopolitiques ou hydropolitiques dans cette région du Golfe de Guinée.
Comme affirme Antonio Soler : « L’écrivain est celui qui cherche autant en lui qu’en les autres » ; c’est ce que j’ai toujours recherché dans toutes mes œuvres.
▌ Vous évoquez un espace « complexe et crucial » : quels sont aujourd’hui les principaux enjeux stratégiques dans le golfe de Guinée ?
En quoi les questions hydropolitiques influencent. En lien avec votre question N°2, le Golfe de Guinée c’est l’espace géostratégique des rapports de force et les logiques de puissance, ce que je nomme thalassocratie. On note dans cette zone de golfe de Guinée plusieurs enjeux : les défis de gouvernance, de coopération et de sécurité régionale. C’est aussi l’espace qui attire évidemment les convoitises des grandes puissances à cause de ses richesses.
Au-delà de ces enjeux cruciaux ; il faut noter pour le déplorer qu’il existe des disparités liées aux ressources et aux systèmes démocratiques, par exemple Côte d’Ivoire, Ghana 6,5% et 6,4% de taux de croissance du PIB en 2024, Bénin +6,5%, Togo + 6,6%, Cameroun +3,3%, Nigeria 2,8%, Gabon, Angola et la Guinée Équatoriale 2,4%, Liberia 4,7%, la RDC, 8,4%.
Ces taux de croissance ne doivent pas faire oublier le niveau de pauvreté, car l’indice de développement humain (IDH) dans les pays du golfe de Guinée se situent tous dans la queue du classement mondial. Cette pauvret et l’instabilité politique de la majorité des pays de la zone favorise l’émergence de conflits pour le contrôle des richesses. Tout particulièrement pour contrôler les hydrocarbures : ce fut le cas entre le Cameroun et le Nigeria qui se sont affrontés à propos du territoire de Bakassi, le Gabon et la Guinée Équatoriale sur l’ile Mbanié et les îles de la Baie Corisco ; le Nigeria et le Sao-Tomé et principe sont parvenus à un accord pour se partager les revenus de l’exploitation pétrolière et gazière offshore soit 60% des bénéfices pour le Nigeria, et 40% pour Sao Tome et principe.
L’autre aspect crucial que l’on peut noter également, c’est l’instabilité politique des pays du golfe de Guinée qui favorise également la piraterie qui représente toujours un risque pour les bateaux de pêche, de fret, et les plateformes pétrolières ; sans omettre la pêche illégale massivement pratiquée par la Chine et certains armateurs européens.
Enfin, le golfe de Guinée depuis les années 1980 est une des routes de la cocaïne vers l’Europe, les trafiquants profitant de l’instabilité (surtout dans la zone du Sahel) pour acheminer leur marchandise vers les côtes maritimes.
▌ En quoi les questions hydropolitiques influencent-elles les relations entre les États de cette région ?
 mon sens les relations sont mitigées, et ne semble pas donner un accent particulier aux enjeux et risques qui menacent cette région du golfe de Guinée. Comme vous le savez, le golfe de Guinée est bordé par trois grands bassins maritimes (océan Atlantique, océan Indien, golfe de guinée) ces espaces sont stratégiques pour la sécurité alimentaire (pêche, aquaculture) et méritent que ces pays se mobilisent réellement pour :
- Le commerce et les transports ;
- La sécurité maritime (piraterie, trafic illicite) ;
- La gestion des ressources naturelles (hydrocarbures, minerais sous-marins) ;
- La biodiversité et les écosystèmes aquatiques ;
- Le tourisme et les loisirs.
La 14e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEEAC tenue à Kinshasa, le 24 octobre 2009 a diligenté l’implantation du Centre régional de sécurisation maritime de l’Afrique centrale (CRESMAC) de Coordination régionale pour la sécurité maritime de l’Afrique centrale rattaché au secrétariat de la CEEAC, cet organisme a la particularité de mettre en commun des compétences militaires et civiles. Sa stratégie repose sur six axes :
- Une gestion communautaire de l’information par la mise en place des mécanismes de recherche et d’échange des informations entre États ;
- La surveillance communautaire par la mise en place de procédures opérationnelles conjointes et de moyens interopérables de surveillance et d’intervention ;
- L’harmonisation de l’action des États en mer au plan juridique et institutionnel ;
- L’institutionnalisation d’une taxe communautaire sur la base des mécanismes existants ;
- L’acquisition et l’entretien des équipements majeurs dédiés à la stratégie pour garantir une capacité opérationnelle minimale à chaque État concerné et l’institutionnalisation d’une conférence maritime au niveau de la CDS (Comité de défense et de sécurité) afin de maintenir la mobilisation de tous les opérateurs du milieu marin.
Force est cependant à ce jour de constater que depuis sa création, la commission n’a pas véritablement fait fonctionner ses institutions. Alors même que dans l’esprit de ses concepteurs, la Commission du golfe de Guinée était censée être un cadre de concertation entre les pays de cette région.
Le golfe de Guinée recèle sous ses eaux 8% des réserves mondiales de pétrole. Cette richesse énergétique constitue un enjeu géostratégique majeur.
▌ Le golfe de Guinée est souvent associé aux questions de sécurité maritime. Quelle place ce facteur occupe-t-il dans votre analyse ?
Si, je m’en tiens à la définition de Thucydide qui affirme que : « La nation qui contrôle la mer contrôle tout ». La problématique de la sécurité maritime dans l’espace du golfe de Guinée est au cœur de cet ouvrage pour plusieurs raisons. Tout d’abord, cette région est l’une des plus pétrolifères au monde. C’est la seconde province mondiale en matière d’énergie, après le Moyen-Orient. Elle emmagasine une réserve prouvée de 24 milliards de barils avec une production de 5 millions de barils/jour, sur les 9 millions que produit le continent africain.
Le golfe de Guinée recèle sous ses eaux 8% des réserves mondiales de pétrole. Cette richesse énergétique constitue un enjeu géostratégique majeur. La zone fournit 40% du pétrole consommé en Europe. C’est aussi une zone riche en ressources naturelles : pétrole, gaz naturel, minerais et ressources halieutiques ;
- Routes maritimes : le golfe de Guinée est une zone de transit maritime intense, ce qui en fait un carrefour stratégique ;
- Problèmes géopolitiques : piraterie maritime, trafic illégal, instabilité politique dans certains États riverains.
▌ Peut-on parler d’une compétition internationale pour le contrôle ou l’influence dans cette zone ? Si oui, entre quels acteurs ?
Sir Walter Raleigh affirme ceci : « Celui qui commande la mer commande le commerce ; celui qui commande le commerce du monde commande les richesses du monde, et par conséquent le monde lui-même ».
Cette zone stratégique comme rappelé dans votre précédente question, regorge d’énormes richesses et ce qui en fait un espace de convoitises économiques et de tensions territoriales importantes de la part de certains acteurs internationaux. Cette région du golfe de Guinée présente des caractéristiques plutôt favorable aux relations commerciales : des pays relativement stables politiquement, avec des taux de croissance économique supérieurs à la moyenne du continent et des politiques d’attraction des investissements étrangers.
Côme Damien Georges Awounou dans son ouvrage le golfe de Guinée face aux convoitises, l’auteur étudie la problématique des convoitises à partir de : Qui convoite ? sous l’instigation des États-Unis, le golfe de Guinée est convoité par les États occidentaux (France, Grande-Bretagne, Belgique, Espagne), orientaux (Chine, Japon, Inde, Israël), du Sud (Brésil et d’Afrique (Afrique du Sud, Nigéria, Lybie, Maroc) ; et par des acteurs privés de toutes natures : multinationales, institutions internationales, idéologues, prédicateurs, prédateurs, affairistes…
Le golfe de Guinée, et notamment sa composante Afrique centrale, bénéficie d’une position géostratégique qui le met en contact avec toutes les autres sous-régions. Il est donc incontournable pour toute question qui a trait à l’Afrique. Qui tient le golfe de Guinée tient l’Afrique. Sous-région éclatée, tous ceux qui le peuvent s’en servent comme zone de projection pour influencer la définition de son identité et sa reconfiguration géostratégique afin de s’approprier des ressources naturelles qu’on y trouve.
Enfin, la convoitise se manifeste sous forme d’investissements notamment politique, militaire et économique. Traditionnellement d’influence française, le golfe de Guinée et son hinterland (Tchad, RCA, Niger, Grands Lacs) se transforment de plus en plus en un champ d’intérêts américains. La construction de l’oléoduc Tchad-Cameroun, et son éventuelle extension vers le Niger, la RCA, le Soudan et la Lybie, renforcent la dimension géostratégique de cette zone.
La lutte d’influence entre la Chine, la Russie, la France et les États-Unis dans le golfe de Guinée reflète un nouvel ordre mondial multipolaire, dans lequel chaque puissance cherche à défendre ses intérêts économiques, géopolitiques et stratégiques. Mais cette compétition renforce souvent l’instabilité régionale et affaiblit les capacités des États à construire une paix durable.
▌ Vous mentionnez une approche structurée et des analyses fines : quelle méthodologie avez-vous adoptée pour traiter ce sujet ?
Le contrôle des eaux devient un levier stratégique pour peser dans les relations internationales et cela est vrai lorsqu’on parle de la géopolitique dans le golfe de Guinée.
Pour comprendre la géopolitique dans cette région, plusieurs théories des relations internationales ont été mobilisées à savoir le réalisme, le libéralisme, la théorie critique du néo-marxiste, la sécurité humaine/constructivisme.
▌ Vous introduisez la notion de thalassocratie (puissance maritime). Comment s’applique-t-elle concrètement au golfe de Guinée ?
L’Afrique doit chercher à avoir une défense ; une puissance maritime (thalassocratie) surtout face aux enjeux et aux défis sécuritaires maritimes. Les pactes et les alliances signés par certains États qui ont accepté d’accueillir des troupes étrangères sur leur territoire sont un danger pour l’ensemble de l’Afrique car ces bases militaires raccourcissent le temps d’intervenir des puissances étrangères à l’intérieur du continent. Les mêmes armées étrangères peuvent se retourner contre les États qui les ont accueillies en cas de désaccord. Comme cela est souvent arrivé en République centrafricaine.
La thalassocratie renvoie ici à l’idée simple que les États africains de manière générale doivent penser à leur propre puissance maritime collective, afin de lutter contre les fléaux d’insécurité maritime, de pêche illicite, de piraterie, etc.
Car l’idée de la gramme de la puissance est consubstantielle à l’histoire d’un État. Un pays qui n’est pas puissant disparaît, une civilisation qui n’est pas puissante disparaît. Les rapports de force qu’ils soient militaires, politiques, ou économiques obéissent à cette logique de rapport de dominant dominé.
▌ Quelles sont les deux grandes interrogations transversales qui structurent votre réflexion, et pourquoi sont-elles essentielles ?
Au risque de me répéter, les deux questions qui sous-tendent cette réflexion ou le constat fait est que face à la faiblesse des coopérations régionales, de la corruption, des divergences politiques et du manque de moyens dans cette région. Que peut-être la réaction des acteurs étatiques dans cette région ? autrement dit face aux enjeux et défis, une stratégie de gouvernance s’impose -telle et commande la coopération entre les États et les Organisations sous-régionales pour faire face aux luttes d’influence auxquelles se livrent les puissances étrangères dans le golfe de Guinée. Peut-on recouvrer la souveraineté dans le golfe de Guinée ? est-ce une nécessité ? : souveraineté à l’égard des puissances étrangères et souveraineté partagée par tous les États ayant en commun cet espace maritime dans les limites de leur territoire maritime.
Le conflit en Iran peut sembler lointain de l’Afrique, mais il crée un contexte de volatilité auquel les dirigeants africains doivent réagir de toute urgence. Cette guerre géopolitique au-delà du Moyen-Orient va entrainer des conséquences critiques dans trois secteurs clés à savoir sécurité, diplomatie et l’économie.
▌ Votre ouvrage propose des pistes opérationnelles : quelles sont, selon vous, les solutions prioritaires pour mieux gérer les tensions dans cette zone ?
L’Afrique, de manière générale et plus particulièrement le golfe de Guinée, est un terrain de jeu géopolitique et de puissance majeure mais aussi un acteur en devenir. Les regards portés sur elle peuvent être une opportunité…ou un risque de nouvelle dépendance. L’enjeu principal est de savoir si le continent parviendra à transformer cette attention mondiale en moteur de développement endogène et durable, lorsque certains États se trouvent dans une instabilité chronique à travers des coups d’États militaires.
La mésogéographie du golfe de Guinée met en lumière une région intégrée par ses dynamiques économiques et maritimes, mais aussi marquées par des fragilités sociopolitiques et environnementales. Elle constitue une interface majeure entre l’Afrique et le monde, mais reste à consolider en tant qu’espace régional cohérent face aux défis actuels.
Pour répondre directement à votre question, mon ambition dans cet ouvrage est loin de proposer quelque chose, ou alors de suggérer des pistes de solutions. C’est par contre un ouvrage d’éveil de conscience collective aux décideurs africains, aux africains de tout bord afin de prendre conscience de l’intérêt de ces questions développées dans mon ouvrage. Je reste persuadé que le sort de la géopolitique du golfe de Guinée peut influencer l’équilibre géopolitique du monde au XXIe siècle à condition de répondre à tous les défis mentionnés, mais face à l’urgence entre une Afrique convoitée, incertaine, mais stratégique, il ne reste que l’audace et l’ambition des décideurs africains.
En prenant compte les enseignements de l’histoire que nous présente le professeur et politologue congolais (RDC) Fweley Diangitukwa dans ouvrage L’art de bien gouverner la République. Enjeux géopolitiques et stratégies des acteurs en Afrique. Tome 1, Genève, Gloethics, 2024.
- Première leçon d’histoire à retenir
Il a toujours manqué aux Africains l’idée que l’accès à la mer est en politique le début d’une aventure humaine grandiose, car les dangers de l’expansion maritime, l’ambition d’aller à la découverte du monde, amènent aussi leurs lots de récompenses pas seulement d’épreuves et d’injustices. L’Afrique n’a jamais fabriqué des bateaux et des avions, ainsi que des armes puissantes et dissuasives.
- Deuxième leçon d’histoire à retenir
L’Afrique est dominée parce qu’elle ne s’est jamais intéressée à la géopolitique de l’eau en développant la navigation dans les mers et les océans, ainsi que les navires de guerre.
- Troisième leçon d’histoire à retenir
L’Afrique n’a jamais cherché à développer la puissance militaire pour défendre ses ressources du sous-sol et son honneur contre les États et les peuples étrangers qui l’ont toujours humiliée publiquement. Elle n’a jamais cherché à développer des armes pour se défendre. Ce pacifisme naïf a toujours poussé les puissances étrangères à occuper l’Afrique et à la dominer, même si le pacifisme africain est aussi admiré par ceux qui, en connaisseurs, louent la sociabilité et l’esprit communautaire des peuples du grand continent.
▌ Quel rôle les organisations régionales africaines devraient-elles jouer dans la gouvernance du golfe de Guinée ?
Ces organisations régionales devraient poursuivent certains objectifs :
- Renforcer la souveraineté des États sur leurs espaces maritimes et fluviaux ;
- Améliorer la sécurité maritime et lutter contre les activités illicites
- Développer une économie bleue durable ;
- Préserver les écosystèmes aquatiques ;
- Promouvoir la coopération régionale
- Créer ou renforcer les autorités maritimes nationales ;
- Élaborer de cadres juridiques conformes au droit international (conventions de Montego Bay, 1982) ;
- Intégration régionale (exemple, coopération via l’Union africaine, la CEDEAO, la CEEAC, la SADC) ;
- Mise en place de systèmes de surveillance maritime (radars, satellites, coopération navale) ;
- La lutte contre la piraterie, la pêche illégale, le trafic d’armes, de drogue et d’êtres humains ;
- Coordination entre forces de sécurité et garde-côtes ;
- Soutien à la pêche artisanale et industrielle durable ;
- Valorisation des ports et corridors fluviaux ;
- Promotion de l’aquaculture, de l’écotourisme et des énergies marines ;
- Lutte contre la pollution (déversements, plastiques) ;
- Préservation des mangroves, récifs coralliens et zones humides ;
- Suivi et évaluation des impacts environnementaux des projets ;
- Renforcement des capacités et sensibilisation
- Formation des acteurs (pêcheurs, militaires, fonctionnaires, ONG) ;
- Campagnes de sensibilisation des populations riveraines ;
- Développement de la recherche scientifique sur les milieux aquatiques.
▌ Après ce travail de recherche, êtes-vous optimiste quant à l’évolution géopolitique et hydropolitique du golfe de Guinée dans les prochaines années ?
En dépit des défis ou obstacles à surmonter dans cette zone géographique majeure que je résume en ces termes:
- Manque de ressources financières et humaines ;
- Insuffisance de coordination entre États ;
- Pressions croissantes sur les ressources naturelles par les puissances occidentales ;
- Vulnérabilité face aux changements climatiques.
J’affirme en termes de perspectives, que cette région a sa chance dans ce jeu géopolitique et de puissance maritime. Le golfe de Guinée doit pouvoir se déployer de stratégies régionales intégrées (exemple : stratégie africaine intégrée pour les mers et les océans à l’horizon 2050-AIM) ; nouer des partenariats internationaux (UE,ONU, Banque mondiale) ; pour une stratégie numérisée et innovante pour une gouvernance plus efficace (e-gouvernance, drones, etc.).
▌ Aujourd’hui, le golfe Persique traverse une période de fortes turbulences, marquée par des tensions militaires entre les États-Unis, Israël et l’Iran, avec des menaces sur des routes stratégiques comme le détroit d’Ormuz. Dans ce contexte, peut-on envisager un basculement stratégique vers le golfe de Guinée, qui deviendrait une alternative ou un nouvel espace central pour les enjeux énergétiques et géopolitiques mondiaux ?
Le conflit en Iran peut sembler lointain de l’Afrique, mais il crée un contexte de volatilité auquel les dirigeants africains doivent réagir de toute urgence. Cette guerre géopolitique au-delà du Moyen-Orient va entrainer des conséquences critiques dans trois secteurs clés à savoir sécurité, diplomatie et l’économie.
Sur le plan sécuritaire, le conflit risque d’entrainer plusieurs puissances mondiales, notamment la Russie, la Chine, l’OTAN.
L’histoire a montré que lorsque les grandes puissances s’affrontent, l’Afrique devient souvent le théâtre involontaire de leur rivalité et la victime des dommages collatéraux.
Les bases ou ressources militaires des États-Unis à Djibouti, en Somalie, ainsi qu’en Érythrée peuvent devenir la cible de représailles de l’Iran.
Sur le plan diplomatique, la pression exercée sur les États africains pour qu’ils prennent parti s’intensifiera. Ils pourraient être contraints de faire des choix difficiles entre Washington et Téhéran, ou entre les États-Unis et leurs rivaux à Moscou ou Pékin et devront payer le prix de leur défiance par les sanctions ou le retrait de l’aide (droit de douane, commerces, etc.).
Sur un autre plan, la hausse des prix de l’or pourrait profiter à des producteurs comme le Ghana et l’Afrique du Sud.
Le prix du pétrole pourrait entrainer une augmentation des recettes des exportateurs comme le Nigeria, l’Angola, l’Algérie et la Lybie.
Les politiques diplomatiques des pays africains doivent s’harmoniser et adopter des stratégies ; à la fois pour protéger les intérêts du continent et pour faire respecter les règles internationales qui garantissent sa souveraineté. Il est donc urgent de renforcer la résilience économique grâce à une politique budgétaire prudente, à la réduction du risque liée au dollar et à un développement plus poussé des marchés régionaux.
Entretien réalisé par Marcien Essimi pour Afrique54.net
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