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Lutte contre les raccordements illégaux au Cameroun : la méthode Eloundou Essomba sous le feu des critiques

■■ Le gouvernement camerounais intensifie sa lutte contre les raccordements frauduleux au réseau électrique. Entre sanctions financières élevées, opérations de terrain musclées et communication offensive, les autorités affichent leur fermeté. Mais cette stratégie suscite un débat croissant au sein de l’opinion publique, où certains dénoncent une approche jugée incomplète face aux défis structurels du secteur.

Yaoundé, 20 mars 2026 — Le 18 mars 2026, le Ministère de l’Eau et de l’Énergie a publié sur sa page Facebook une vidéo devenue virale, accompagnée du message suivant : « Suppression d’un branchement frauduleux dans un snack situé au niveau du dispensaire Manguier, avec application d’une facture de fraude de 910 000 FCFA. »
Une communication du département ministériel que dirige Gaston Eloundou Essomba, illustrant la volonté des autorités de frapper fort pour dissuader les pratiques illégales, considérées comme une source majeure de pertes techniques et commerciales.

Une stratégie contestée sur le terrain

Si certains citoyens saluent l’initiative, d’autres pointent ses limites. Plusieurs observateurs estiment que la répression seule ne saurait suffire à endiguer le phénomène.

« Si cette campagne n’est pas associée à une vaste politique d’abonnement, elle est vaine », estime Moukoundji, appelant à une approche plus inclusive. Même inquiétude chez Umaru Bala, qui redoute un effet contre-productif : « De nombreux usagers pourraient se tourner vers les énergies renouvelables, entraînant une perte significative de clientèle pour l’opérateur Eneo. »

Accès à l’électricité : un problème de coût et de procédures

Au cœur des critiques, figure également la question de l’accès à un branchement légal. De nombreux usagers dénoncent des coûts jugés élevés et des procédures administratives complexes.

Valère Benjamin propose ainsi une solution alternative : offrir des compteurs aux personnes en situation de branchement illégal afin de favoriser leur régularisation.
Dans la même veine, Landry Mokem plaide pour une révision des tarifs et des démarches : « Entre les frais de procédure et le coût de la vie, beaucoup n’ont pas d’autre choix que de recourir à la fraude. »

Yimele Séraphim insiste quant à lui sur la nécessité de simplifier les procédures d’acquisition des compteurs, perçues comme un frein majeur à la régularisation.

Une responsabilité partagée

Au-delà des usagers, certaines voix appellent à une remise en question plus large du système. Pour Etoundi, la lutte contre la fraude doit également viser les institutions publiques et les grandes entreprises en situation d’impayés.

Clément Dong Mve évoque, pour sa part, l’existence de complicités internes : « Ces branchements illégaux ne peuvent prospérer sans la participation de certains acteurs du système. » Une déclaration qui relance le débat sur la gouvernance du secteur énergétique.

Entre fermeté et nécessité de réformes structurelles

Malgré les critiques, une partie de la population soutient les actions engagées. Pour Moustapha, « l’incivisme est à l’origine des coupures et des baisses de tension », justifiant ainsi des mesures strictes.

D’autres appellent toutefois à une approche plus équilibrée. Oumar Teche recommande de combiner répression et incitations, notamment à travers des branchements subventionnés, afin d’élargir la base des abonnés.

Plusieurs propositions émergent également, parmi lesquelles l’adoption d’un modèle inspiré de la Côte d’Ivoire — avec un abonnement lié à l’individu — ou encore l’instauration de primes pour encourager la dénonciation des fraudeurs.

Un débat révélateur des fragilités du secteur électrique

Au-delà de la question des branchements illégaux, cette polémique met en lumière les faiblesses structurelles du système électrique camerounais : accès limité, coûts élevés, gouvernance contestée et absence de concurrence.

Pour de nombreux observateurs, la lutte contre la fraude ne pourra produire des résultats durables sans réformes profondes du secteur, alliant accessibilité, transparence et amélioration de la qualité du service.

 

© Afrique54.net | Marcien Essimi

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