►► Au cœur d’un regain de violences sanglantes, la République démocratique du Congo (RDC) est de nouveau sous les projecteurs de la communauté internationale après une série d’attaques meurtrières dans le territoire de Lubero, en province du Nord-Kivu. L’Organisation des Nations unies a élevé le ton, le Secrétaire Général et le Conseil de Sécurité ont dénoncé avec gravité ces violences perpétrées par les Forces Démocratiques Alliées (ADF), un groupe armé affilié à l’État islamique.
Un bilan tragique
Afrique54.net »Yaoundé, 25 novembre | Afrique54.net – Selon un communiqué du porte-parole du Secrétaire Général, les attaques survenues entre le 13 et le 19 novembre 2025 ont causé la mort d’au moins 89 civils, parmi lesquels au moins 20 femmes et un nombre indéterminé d’enfants.
Particulièrement atroce, un des épisodes de violence s’est déroulé à Byambwe, où un centre de santé géré par l’Église catholique a été attaqué ; 17 personnes auraient été tuées, notamment des femmes hospitalisées dans la maternité. Quatre pavillons accueillant des malades ont été incendiés, selon le bilan de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stablisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO).
D’autres localités dans le territoire de Lubero telles que Mabiango, Tunarudi, Sambalysa, Thucha et Butsili, ont également été touchées par des enlèvements, des pillages de médicaments, destruction de maisons, selon la mission.
Une condamnation sans ambiguïté
Le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) a fermement condamné ces attaques, exprimant sa « profonde consternation » face à des actes qui, selon lui, relèvent de « crimes de guerre » et de graves violations du droit international humanitaire.
Il a présenté ses condoléances aux familles des victimes et affirmé que l’ONU restait pleinement engagée aux côtés des autorités congolaises pour protéger les civils, prévenir de nouvelles atrocités et lutter contre l’impunité.
De son côté, la MONUSCO exige l’ouverture d’enquêtes « indépendantes et crédibles » pour identifier les auteurs des massacres et leurs éventuels complices.
Des violences dans un contexte d’insécurité récurrent
Ces massacres s’inscrivent dans un cycle de violence qui ravage l’Est de la RDC depuis des années. Le groupe ADF, d’origine ougandaise, est actif dans la région depuis les années 1990 et a prêté allégeance à l’État islamique (EI), ce qui renforce sa dimension terroriste. En septembre 2025, une attaque dans la localité de Ntoyo (toujours à Lubero) avait déjà fait une soixantaine de morts lors d’une veillée funèbre. En février 2025, le massacre de Kasanga avait traumatisé la population, des dizaines de civils chrétiens y avaient été décapités dans une église, atrocitée attribué aux ADF.
Cette nouvelle vague de violences intervient donc dans un contexte où la population civile vit dans la peur permanente, les infrastructures vitales, comme les centres de santé, étant devenues des cibles.
Enjeux et réactions
La réaction de l’ONU traduit non seulement une condamnation morale, mais aussi une pression diplomatique accrue sur Kinshasa pour qu’il agisse efficacement.
Pour la MONUSCO, il est impératif que les autorités congolaises ouvrent des enquêtes sérieuses. Sans justice, le cycle de violence risque de se répéter. Certains responsables politiques congolais soutiennent également cette ligne ; le gouvernement de Kinshasa a déjà promis de « riposter » face à ces attaques. Par ailleurs, des voix de l’opposition, comme la coalition Lamuka, dénoncent le silence ou l’inaction d’un État qui peine à protéger ses citoyens.
Risque d’une spirale de violence
L’ONU met en garde contre un risque d’escalade car ces massacres pourraient alimenter des tensions intercommunautaires, exacerber le sentiment d’impunité et fragiliser encore davantage la stabilité dans le Nord-Kivu.
Il s’agit aussi d’un test pour les autorités congolaises car, si elles veulent restaurer la confiance des populations et montrer qu’elles peuvent assurer leur protection, elles doivent répondre de manière crédible aux appels de justice de la communauté internationale.
Les récents massacres dans le territoire de Lubero soulignent une fois de plus la gravité de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC. Face à des attaques toujours plus audacieuses de la part des ADF, l’ONU monte au créneau, appelant à des enquêtes indépendantes, à la protection des civils, et à la lutte contre l’impunité. Pour la population locale, c’est une question de survie ; pour l’État congolais, un défi majeur ; pour la communauté internationale, un impératif humanitaire et stratégique.
© Afrique54.net ׀ Karel Monefong (Stg)




