FACT-CHECK – AFRIQUE54 | La stratégie gazière du Cameroun a-t-elle « déraillé » ? Ce que disent Africa Intelligence et la SNH
Par la Cellule Fact-Checking de AFRIQUE54.NET
Le départ annoncé du FLNG Hilli Episeyo, plateforme flottante de liquéfaction de gaz opérée au large de Kribi depuis 2018, a donné lieu à des interprétations divergentes. Dans un article publié le 2 juillet 2026, Africa Intelligence estime que cet événement illustre l’échec de la stratégie gazière du Cameroun. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) conteste cette lecture dans une note de clarification détaillée.
Voici une première phase de vérification des principales affirmations.
Affirmation n°1 : « Le départ du Hilli Episeyo marque l’échec de la stratégie gazière du Cameroun »
Ce qu’affirme Africa Intelligence
Le retrait de la plateforme serait le symbole d’une stratégie gazière qui n’a pas atteint ses objectifs.
La réponse de la SNH
La SNH estime qu’il est erroné d’évaluer une politique énergétique nationale à partir d’un seul projet.
« Le succès ou l’échec d’une stratégie énergétique nationale ne se mesure jamais à l’aune du départ d’une seule plateforme. »
Elle soutient que le Cameroun est engagé dans une transition vers un portefeuille de projets plus diversifié.
Verdict : À nuancer
Le départ du Hilli Episeyo constitue bien un tournant pour le secteur gazier camerounais puisqu’il met fin à l’unique projet d’exportation de GNL en exploitation. En revanche, conclure à un « échec » de toute la stratégie nationale relève davantage d’une interprétation que d’un fait objectivement démontré. L’évaluation dépendra de la concrétisation des nouveaux projets annoncés.
Affirmation n°2 : « Aucun projet ne prend le relais »
Ce qu’affirme Africa Intelligence
Le retrait de la plateforme créerait un vide dans la stratégie gazière.
La réponse de la SNH
La société met en avant plusieurs projets :
- le développement du champ transfrontalier Yoyo-Yolanda ;
- l’appel d’offres sur neuf blocs pétroliers et gaziers ;
- l’entrée de nouveaux opérateurs internationaux comme Chevron et Murphy.
Verdict : Plutôt faux
Des projets existent effectivement et plusieurs sont officiellement engagés. En revanche, ils ne produisent pas encore de gaz commercialisable à court terme. La critique peut donc porter sur le calendrier, mais pas sur l’absence totale de projets.
Affirmation n°3 : « La plateforme aurait pu rester au Cameroun »
Ce qu’affirme Africa Intelligence
Le maintien ou le redéploiement du Hilli Episeyo aurait été compromis par l’absence d’accord avec les autorités.
La réponse de la SNH
La société rappelle plusieurs éléments :
- le gisement exploité arrivait en phase naturelle de déclin ;
- la plateforme appartient à Golar LNG ;
- son redéploiement dépend avant tout de décisions commerciales ;
- un préaccord existait déjà avec le consortium Southern Energy.
Verdict : Impossible à trancher avec les seules informations disponibles
La SNH apporte des explications techniques crédibles sur le cycle de vie du projet. En revanche, sans accès aux contrats, aux négociations entre les parties et aux analyses indépendantes des réserves, il n’est pas possible de déterminer dans quelle mesure un maintien de la plateforme aurait été envisageable.
Affirmation n°4 : « Le Cameroun va perdre près de 5 % de ses ressources financières »
Ce qu’affirme Africa Intelligence
Le départ du Hilli Episeyo entraînerait une perte importante de recettes publiques.
La réponse de la SNH
La société reconnaît une baisse conjoncturelle des recettes d’exportation mais affirme :
- que le gaz continuera d’alimenter la centrale KPDC ;
- que de nouveaux contrats sont en négociation ;
- que les futurs projets doivent assurer le relais des revenus.
Verdict : À nuancer
Une diminution des recettes liées au GNL paraît probable à court terme avec l’arrêt des exportations via le Hilli Episeyo. En revanche, l’ampleur exacte des pertes dépendra de la montée en puissance des nouveaux projets et de la valorisation domestique du gaz.
Affirmation n°5 : « Le Cameroun continue de brûler son gaz »
Ce qu’affirme Africa Intelligence
Le pays resterait éloigné de ses engagements internationaux en matière de réduction du torchage.
La réponse de la SNH
La société affirme privilégier une autre stratégie :
- valorisation du gaz sur le marché intérieur ;
- alimentation des centrales électriques ;
- développement industriel plutôt qu’exportation systématique.
Verdict : À vérifier
La stratégie présentée par la SNH est cohérente avec les objectifs de valorisation locale du gaz. En revanche, la note ne fournit pas de données chiffrées permettant de mesurer l’évolution effective du torchage ni les volumes déjà valorisés.
Ce qui est établi
✔ Le Hilli Episeyo quittera bien le Cameroun.
✔ Le projet Yoyo-Yolanda est officiellement lancé après la signature d’un accord d’unitisation.
✔ Cinq blocs issus de l’appel d’offres international sont entrés en négociation.
✔ De nouveaux opérateurs internationaux, dont Chevron et Murphy, sont impliqués dans les projets camerounais.
Ce qui reste à démontrer
- Le calendrier réel de mise en production des nouveaux projets.
- Leur capacité à compenser les exportations perdues avec le départ du Hilli Episeyo.
- L’impact budgétaire effectif sur les recettes de l’État.
- Les progrès réalisés dans la réduction du torchage.
- La capacité du Cameroun à attirer durablement les investissements annoncés.
Conclusion
Le différend entre Africa Intelligence et la SNH illustre deux lectures d’une même séquence industrielle.
Le média français met l’accent sur la fin d’un projet emblématique et les incertitudes qu’elle fait peser sur les recettes gazières du Cameroun. La SNH, de son côté, invite à apprécier la stratégie énergétique dans une perspective de long terme, en soulignant les nouveaux projets d’exploration, les partenariats internationaux et la diversification du portefeuille gazier.
À ce stade, aucune des deux thèses ne peut être entièrement confirmée ou infirmée. Les éléments avancés par la SNH montrent que des projets structurants sont effectivement en cours, mais leur réussite dépendra de leur exécution, de leur calendrier et de leur rentabilité. À l’inverse, les critiques d’Africa Intelligence mettent en lumière les risques liés à la fin du Hilli Episeyo, sans pour autant démontrer, à elles seules, que la stratégie gazière nationale est vouée à l’échec.
Verdict global d’AFRIQUE54 :
❖ À nuancer.
Le retrait du Hilli Episeyo est un fait. En faire la preuve d’un échec stratégique définitif est prématuré, tout comme considérer que les nouveaux projets garantiront automatiquement le succès de la politique gazière camerounaise. Les prochaines années seront déterminantes pour départager ces deux analyses.
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