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Ebola dépasse le cap des 1.000 morts en Afrique et menace de devenir l’une des pires épidémies jamais enregistrées

►►Le bilan de l’épidémie actuelle d’Ebola en Afrique a dépassé 1.000 morts, à peine plus de deux mois après sa déclaration, faisant de cette flambée la troisième plus importante jamais enregistrée, tandis que les autorités sanitaires africaines avertissent qu’elle pourrait encore devenir l’une des plus graves de l’histoire.

KINSHASA-Le bilan de l’épidémie actuelle d’Ebola en Afrique a dépassé 1.000 morts, à peine plus de deux mois après sa déclaration, faisant de cette flambée la troisième plus importante jamais enregistrée, tandis que les autorités sanitaires africaines avertissent qu’elle pourrait encore devenir l’une des plus graves de l’histoire.

En date du 20 juillet, la République démocratique du Congo (RDC) a enregistré 2.473 cas confirmés, dont 999 décès et 482 guérisons, selon le dernier rapport des autorités sanitaires congolaises publié mercredi. L’Ouganda a pour sa part signalé 20 cas confirmés, dont deux décès, portant le bilan cumulé dans les deux pays à 1.001 morts.

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré la semaine dernière que l’épidémie était devenue, en seulement deux mois, la troisième plus importante jamais documentée et qu’elle avait progressé au cours du dernier mois plus rapidement que toute autre flambée d’Ebola connue.

L’épidémie touche 47 zones de santé réparties dans cinq provinces de l’est de la RDC, à savoir l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo. L’Ituri en demeure l’épicentre, concentrant 89% des cas confirmés.

En RDC, 737 patients restaient hospitalisés ou placés en isolement. Le taux moyen d’occupation des structures de traitement s’élevait à 86,7% au niveau national, mais atteignait 128,4% dans le Nord-Kivu. Depuis le début de l’épidémie, 121 agents de santé et autres intervenants de première ligne ont été infectés, dont 36 sont décédés, selon le rapport.

Celui-ci estime que l’épidémie reste dans « une phase de transmission soutenue », avec une circulation élevée du virus. Les déplacements de populations, l’insécurité, l’exploitation minière artisanale et les mouvements transfrontaliers avec l’Ouganda et le Soudan du Sud continuent d’alimenter la propagation. Les résistances communautaires, les grèves liées au non-paiement des intervenants, le manque de capacités de traitement, les pénuries de matériel de prévention et les insuffisances du suivi des contacts compliquent également la riposte.

DES CHAINES DE TRANSMISSION INCONNUES

Les responsables de l’OMS ont averti que les chiffres officiels pourraient ne refléter qu’une partie de l’ampleur réelle de l’épidémie.

Lors d’un point de presse des Nations Unies tenu le 14 juillet à Genève, Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du Programme de gestion des situations d’urgence sanitaire de l’OMS, a déclaré qu’environ 80% des nouveaux cas confirmés étaient détectés chez des personnes ne figurant pas sur les listes de contacts connus. Ces cas étaient donc liés à des « chaînes de transmission inconnues ».

Selon lui, les modélisations de l’OMS suggèrent que l’ampleur réelle de l’épidémie pourrait être « au moins deux à quatre fois » supérieure au nombre de cas officiellement rapportés.

Le nombre élevé de cas sans lien épidémiologique connu alimente les craintes que les équipes de surveillance ne découvrent encore les malades qu’après la propagation du virus au sein des familles ou des communautés.

Lors d’un autre point de presse de l’ONU, le 17 juillet, Frantz Celestin, directeur régional de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), a indiqué que près de 66% des décès signalés étaient survenus dans les communautés plutôt que dans les structures sanitaires, révélant des lacunes persistantes dans la détection précoce, la surveillance et l’accès rapide aux soins.

DES DYNAMIQUES DE TRANSMISSION DIFFERENTES

Les responsables de l’OMS ont souligné que l’épidémie n’évoluait pas au même rythme dans toutes les zones touchées.

Thierno Baldé, responsable de la gestion de l’incident Ebola à l’OMS, a indiqué mardi à des journalistes depuis Bunia, chef-lieu de l’Ituri, que l’organisation avait identifié trois principales dynamiques : des zones de transmission intense, de nouveaux foyers émergents et des localités commençant à montrer des signes de stabilisation.

Selon lui, Bunia et ses environs restent parmi les principaux foyers de transmission. L’OMS y donne la priorité aux enterrements dignes et sécurisés, aux systèmes de référencement des malades et au renforcement des capacités de prise en charge.

Mongbwalu, dans la province de l’Ituri, où l’épidémie a été détectée pour la première fois, montre cependant des signes de stabilisation, a-t-il affirmé, ajoutant qu’une tendance similaire avait été observée à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu.

M. Baldé a également fait état de premiers progrès à Kisangani, chef-lieu de la Tshopo. Les cinq cas confirmés enregistrés dans la ville avaient tous été importés de l’Ituri et aucun cas secondaire n’avait été détecté au moment du point de presse. Il a toutefois averti que la situation générale restait instable.

« L’épidémie est dynamique », a-t-il déclaré, expliquant que les mouvements de populations pouvaient transporter le virus vers de nouvelles zones ou entraîner une réapparition des cas dans des localités où la transmission semblait se stabiliser.

« Soyons très clairs : l’épidémie reste en avance sur nous et nous essayons encore de rattraper notre retard », a-t-il ajouté.

L’OMS adapte désormais sa stratégie aux réalités locales plutôt que d’appliquer une approche uniforme dans toutes les provinces touchées. Elle élabore également des mesures supplémentaires de contrôle le long du fleuve Congo, considéré comme un axe de circulation majeur nécessitant une intervention rapide.

Jean-Paul Ngabu Tsunde, député national élu du territoire de Djugu, en Ituri, a pour sa part averti lundi que l’équipe de riposte devait revoir sa stratégie, l’épidémie quittant désormais les centres urbains pour s’étendre vers les zones périphériques.

UNE TRIPLE CRISE

Lors du point de presse du 17 juillet, M. Celestin a estimé que l’épidémie se déroulait dans un contexte de « triple crise », associant insécurité, déplacements répétés et accès limité aux services essentiels.

Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires a indiqué lundi que des cas confirmés d’Ebola avaient été signalés dans au moins 16 sites de déplacés accueillant plus de 270.000 personnes dans la province de l’Ituri.

L’organisation a averti que la surpopulation ainsi que l’accès limité à l’eau, à l’assainissement et aux soins de santé augmentaient le risque de transmission dans ces sites, notant que les ressources disponibles restent insuffisantes au regard de l’ampleur des besoins.

La méfiance des communautés et les violences visant les structures de santé ont également perturbé la riposte.

Pierre Akilimali, responsable de la gestion de l’incident à l’Institut national de santé publique de la RDC, a déclaré samedi lors d’une conférence de presse à Bunia que quatre centres de traitement d’Ebola avaient été attaqués en Ituri depuis la déclaration de l’épidémie le 15 mai.

Il a indiqué que ces incidents avaient perturbé la prise en charge des patients et exposé les agents de santé ainsi que les partenaires de la riposte à de graves risques sécuritaires.

UN RISQUE DE PROPAGATION REGIONALE

L’extension de l’épidémie dans la province congolaise du Haut-Uélé et celle de la Tshopo a renforcé les inquiétudes concernant une propagation plus large en RDC ou vers les pays voisins, notamment l’Ouganda et le Soudan du Sud.

L’Ouganda a annoncé la sortie de son dernier patient atteint d’Ebola le 16 juillet, après deux tests négatifs, lançant ainsi une période d’observation de 42 jours avant une éventuelle déclaration de fin d’épidémie. Depuis le début de la flambée, le pays a enregistré 20 cas confirmés, concernant 15 ressortissants congolais et cinq Ougandais. Deux patients sont décédés.

M. Celestin a cependant estimé que le risque de propagation régionale demeurait « réel », soulignant que l’Ouganda avait déjà enregistré des cas épidémiologiquement liés à la RDC et que des infections détectées dans le nord du pays s’étaient rapprochées de la frontière avec le Soudan du Sud.

Il a appelé à renforcer la surveillance aux frontières terrestres, aux points de passage fluviaux et dans les communautés situées le long du fleuve Congo. Selon M. Celestin, la fermeture des frontières risquerait d’inciter les voyageurs à emprunter des itinéraires informels échappant aux contrôles sanitaires.

Lors d’un sommet sanitaire de l’Union africaine mardi à Accra, au Ghana, le directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, Jean Kaseya, a appelé à renforcer l’engagement politique, à garantir un financement durable de la santé, à consolider la résilience des systèmes sanitaires et à promouvoir des solutions dirigées par l’Afrique.

« Si nous n’arrêtons pas cette épidémie aujourd’hui, elle pourrait devenir l’une des pires épidémies d’Ebola jamais documentées dans le monde », a-t-il averti.

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