« Si tu ne fais pas ce que je veux, tu n’auras pas de rapports. » Dans certains couples, le sexe finit par devenir une monnaie d’échange, une récompense ou une punition. Une dispute éclate, une demande n’est pas satisfaite, une frustration apparaît… et l’un des partenaires décide de priver l’autre d’intimité pour obtenir quelque chose.
Mais jusqu’où peut-on aller ? Le sexe peut-il devenir une arme de contrôle dans le mariage ? Dr Guy LAROCHE répond à ces interrogations et prodigue les conseils.
Le sexe n’est pas une monnaie de négociation. Dans une relation saine, les rapports sexuels doivent reposer sur l’envie, le respect et le consentement mutuel. Le mariage ne signifie pas qu’un conjoint acquiert un droit automatique au corps de l’autre.
Une femme a parfaitement le droit de ne pas vouloir avoir de rapport sexuel. Mais refuser un rapport parce qu’on n’en a pas envie est très différent de priver volontairement son conjoint de sexe dans le but de le manipuler, de le punir ou de lui faire accepter une décision.
De la même manière, un mari ne doit jamais exercer de pression sur son épouse pour obtenir un rapport sexuel. L’OMS considère d’ailleurs les comportements de contrôle, les violences psychologiques et la coercition sexuelle comme pouvant relever des violences entre partenaires intimes.
Quand le refus devient-il du chantage ?
Il faut faire une distinction importante. Dire : « Je ne veux pas avoir de rapport ce soir parce que je suis en colère ou parce que je ne me sens pas bien » n’est pas nécessairement du chantage.
En revanche, dire : « Tu dois accepter ma demande, sinon je ne coucherai plus avec toi pendant plusieurs semaines. » ou : « Si tu ne me donnes pas d’argent, tu peux oublier notre intimité. », transforme progressivement la sexualité en instrument de pression.
Le problème n’est donc pas le refus d’un rapport sexuel. Le problème apparaît lorsque l’intimité est intentionnellement utilisée pour contrôler l’autre.
Les risques pour le couple
Cette stratégie peut sembler efficace à court terme. Le conjoint finit parfois par céder pour retrouver la paix. Mais à long terme, elle peut provoquer de sérieux dégâts.
- La rancœur s’installe
Lorsque l’un des partenaires a l’impression d’être manipulé, le désir peut progressivement disparaître. Le couple cesse de fonctionner comme une équipe.
- La confiance se détériore
Si chaque conflit devient une bataille autour du sexe, les discussions deviennent stratégiques : « Que dois-je faire pour obtenir ce que je veux ? »
La relation affective risque alors de se transformer en rapport de force.
- Le désir peut disparaître
Le désir sexuel a besoin de sécurité, d’affection et de confiance. Lorsque le sexe est associé à la peur, à la culpabilité ou au chantage, il peut devenir source de stress plutôt que de plaisir.
- Les conflits deviennent plus importants
Une petite dispute peut rapidement devenir une crise conjugale : silence, éloignement, humiliation, infidélité, séparation…
- Le chantage peut évoluer vers une forme de contrôle
L’OMS inclut notamment les comportements dominateurs, la coercition sexuelle et les comportements de contrôle dans le champ des violences entre partenaires intimes.
Attention : personne ne doit être forcé à avoir des rapports
Il serait également dangereux de tomber dans l’autre extrême. Une femme n’est jamais obligée d’avoir un rapport sexuel parce qu’elle est mariée. Elle peut dire non. Son mari doit respecter ce refus.
Le consentement doit être libre. Les recommandations médicales et de santé sexuelle rappellent qu’une personne peut refuser une activité sexuelle, même dans une relation ou un mariage, et qu’elle peut également changer d’avis à tout moment.
Ainsi, le refus d’un rapport n’est pas une dette à payer et le mariage n’est pas un contrat de disponibilité sexuelle permanente.
Alors, que faire lorsqu’il y a un conflit ?
Plutôt que d’utiliser le sexe comme moyen de pression, les couples peuvent adopter quelques réflexes simples.
- Parler du véritable problème
Si une femme refuse les rapports parce qu’elle se sent négligée, humiliée, épuisée ou incomprise, il faut parler de cette cause plutôt que de transformer le sexe en champ de bataille.
- Séparer le conflit de l’intimité
On peut être en désaccord sans chercher à punir l’autre sexuellement.
- Dire clairement ce que l’on ressent
Au lieu de dire :
« Tu n’auras rien tant que tu ne changeras pas. »
on peut dire :
« Je suis blessée par ton comportement et j’ai besoin que nous réglions ce problème avant de retrouver notre intimité. »
La deuxième formulation ouvre la porte au dialogue au lieu d’installer un rapport de force.
- Respecter le refus
Si l’un des partenaires ne souhaite pas avoir de rapport, l’autre doit respecter cette décision. La pression, les menaces, l’intimidation ou la contrainte ne sont pas des solutions.
- Chercher de l’aide lorsque le conflit devient répétitif
Lorsque la communication est devenue impossible, un conseiller conjugal, un psychologue ou un professionnel de santé peut aider le couple à comprendre ce qui se joue derrière les conflits sexuels.
Le véritable pouvoir dans un couple, c’est le respect
Une relation durable ne devrait pas fonctionner sur la peur de perdre l’affection de l’autre. Le sexe n’est ni une récompense, ni une punition, ni une arme. Une femme a le droit de dire non. Un homme aussi.
Mais lorsque le sexe est volontairement utilisé pour obtenir de l’argent, imposer une décision, punir, humilier ou contrôler son conjoint, le problème n’est plus seulement sexuel : il devient un problème de pouvoir et de respect dans le couple.
Le véritable objectif n’est donc pas de savoir « qui contrôle qui ? », mais de construire une relation dans laquelle chacun peut exprimer ses besoins, ses frustrations et ses limites sans manipulation ni contrainte.
Dans un couple solide, on ne gagne pas contre son conjoint. On cherche à gagner avec lui.
Dr Guy LAROCHE

