►►Le 31 mars 2025, Marine Le Pen a été condamnée à quatre ans de prison, dont deux fermes sous bracelet électronique, cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire ainsi que 100.000 euros d’amende, pour avoir détourné des fonds européens destinés à son parti, dans l’affaire dite des « assistants parlementaires » du Parlement européen.
PARIS-Elle a fait appel de cette décision, dénonçant une sanction politique. La décision d’appel est tombée le 7 juillet dernier. La décision de la cour d’appel de Paris a réduit sa peine d’inéligibilité ferme à quinze mois, déjà purgés en raison de l’exécution provisoire appliquée depuis mars 2025. En outre, la cheffe du Rassemblement national (RN) écope d’une peine de trois ans de prison, dont un an ferme aménagé sous bracelet électronique.
Celle-ci a réagi en affirmant sa décision de se présenter à la présidentielle de l’an prochain. « Il n’y a plus de scénario où je ne pourrais pas me représenter en 2027 », a-t-elle déclaré le soir-même de sa condamnation en appel, au journal de 20h sur TF1.
En dépit de cette sanction judiciaire, l’influence de Marine Le Pen persiste. La justice a agi, mais son électorat, lui, ne semble pas s’en émouvoir. Pour ses soutiens, cette affaire relève d’une instrumentalisation politique, une thèse que le RN martèle depuis des années. La condamnation, loin de l’affaiblir, a renforcé son image de victime d’un système qu’elle combat. Une stratégie payante : les sondages la placent en tête des intentions de vote pour 2027.
Un sondage Ifop réalisé pour LCI et Le Figaro à la suite de l’interview de Marine Le Pen au 20h de TF1 et l’annonce de sa candidature a interrogé les sondés de la manière suivante : « Si dimanche prochain se déroulait le premier tour de l’élection présidentielle, pour laquelle des candidatures suivantes y aurait-il le plus de chances que vous votiez ? », Mme Le Pen arrive en tête du sondage, à 36%, le deuxième étant Edouard Philippe, loin derrière, avec 19% des réponses.
Selon ce même sondage, Marine Le Pen serait donnée gagnante au second tour, quel que soit le candidat – ont été testés Edouard Philippe, Gabriel Attal et Jean-Luc Mélenchon. Cependant, force est de constater qu’à chaque fois que le Front national ou Rassemblement national a été au second tour, en 2002, 2017 puis 2022, son candidat – Jean-Marie, puis Marine Le Pen – a systématiquement été battu.
Au lendemain de la déclaration de candidature de Mme Le Pen à l’élection présidentielle de 2027, Ifop-Fiducial pour Sud Radio a interrogé les Français sur l’image qu’ils ont d’elle. Marine Le Pen est d’abord largement perçue comme appartenant à l’extrême droite, une caractéristique qui lui est associée par 76% des Français. Elle est aussi associée à l’autorité, à 69%, et au courage, à 62%. Une majorité estime également qu’elle comprend les préoccupations des Français et qu’elle a une vision pour le pays, à 55% dans les deux cas.
Son image s’est renforcée sur le long terme, notamment concernant sa stature présidentielle, qui est passée de 30% en 2015 à 46% aujourd’hui, même si cet indicateur recule légèrement par rapport à 2025. Les résultats montrent cependant une image contrastée : 50% des Français la jugent compétente et attachée aux valeurs démocratiques, tandis que 52% déclarent qu’elle les inquiète. Sa capacité à rassembler est reconnue par 45% des répondants et l’honnêteté reste le trait le moins associé à sa personnalité, à 37%.
L’opinion publique est profondément divisée. Pour une partie des Français, sa condamnation est une preuve de son inaptitude à diriger. Pour d’autres, elle incarne la résistance face à un establishment. Les fractures sont aussi géographiques : le RN séduit dans les zones rurales et les petites villes. Les métropoles, elles, restent majoritaires contre son projet.
La bataille judiciaire continue donc pour Marine Le Pen ces prochains mois. Rémy Heitz, procureur général près la Cour de cassation, s’est exprimé le 9 juillet, dans la matinale de France Inter, au sujet du pourvoi en cassation de la cheffe du RN.
« Nous sommes en ordre de marche pour rendre cette décision avant le scrutin présidentiel (soit avant le 18 avril 2027) et nous ferons tout pour tenir cet objectif », a-t-il précisé. Le pourvoi de la candidate du RN à l’élection présidentielle suspend l’exécution de l’arrêt de la cour d’appel. Marine Le Pen n’a pas été condamnée définitivement; elle est donc « présumée innocente, tant que la décision n’est pas définitive », a indiqué M. Heitz.


