Au Cameroun, les personnes vivant avec un handicap toujours marginalisées dans la fonction publique
■■ Malgré les engagements en faveur de l’inclusion, les personnes vivant avec un handicap restent largement sous-représentées dans la fonction publique camerounaise où seuls 5,8 % des agents sont des personnes handicapées. Des données officielles révèlent une marginalisation persistante, mettant en lumière des obstacles structurels et la nécessité de réformes profondes pour garantir l’égalité des chances.
Yaoundé, Afrique54.net | En dépit des engagements officiels en faveur de l’inclusion, les personnes vivant avec un handicap restent largement sous-représentées dans la fonction publique camerounaise. Des chiffres officiels récents mettent en évidence une marginalisation persistante, qui interroge l’effectivité des politiques publiques en matière d’égalité des chances.
Selon des données issues du ministère des Finances et du ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative, présentées lors d’un plaidoyer le 16 décembre 2025, l’État du Cameroun compte environ 360 000 agents publics. Parmi eux, seuls 5,8 % sont des personnes vivant avec un handicap. Un taux jugé très faible au regard de la population nationale des personnes handicapées, estimée à 3,4 millions d’individus, souligne la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) dans sa déclaration du 4 janvier 2026, publiée à l’occasion de la Journée mondiale du Braille, placée sous le Thème : « Plus de braille, plus d’autonomie ».
Des obstacles structurels persistants
Cette sous-représentation s’explique par de nombreux freins. L’inaccessibilité des bâtiments administratifs, l’insuffisance de dispositifs adaptés lors des concours et examens officiels, le déficit de formations qualifiantes et les préjugés sociaux constituent des barrières majeures à l’accès des personnes handicapées à l’emploi public.
Au-delà de l’exclusion professionnelle, cette situation a des conséquences sociales importantes, déplore la CDHC . Elle limite l’autonomisation économique des personnes handicapées, renforce leur vulnérabilité et accroît leur dépendance, dans un contexte où l’emploi formel demeure un levier essentiel d’insertion et de stabilité sociale.
Des initiatives encore insuffisantes
Certaines actions institutionnelles tentent néanmoins d’apporter des réponses. La Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) mène, à travers ses antennes régionales, des activités de promotion de l’éducation inclusive. Dans la région de l’Extrême-Nord du pays, la CDHC a contribué à la « formation de 30 apprenants aveugles au Centre de Formation et de Promotion des Aveugles de Maroua (CFPAM) pour l’année scolaire 2024-2025 ».
La CDHC a également assuré un suivi de la prise en compte du handicap lors des examens officiels 2024-2025, afin de garantir une participation plus équitable des candidats vivant avec un handicap.
Un enjeu de droits humains et de développement
À l’échelle mondiale, l’Organisation Mondiale de la Santé estime qu’au moins 2,2 milliards de personnes vivent avec une déficience visuelle, dont près d’un milliard auraient pu être évitées ou ne sont pas encore prises en charge. Ces chiffres rappellent que la question du handicap est un enjeu majeur de santé publique, mais aussi de droits humains et de développement.
Pour les organisations de défense des droits humains et les acteurs de la société civile, la marginalisation des personnes handicapées dans la fonction publique camerounaise appelle à des réformes structurelles. Il s’agit notamment d’adapter les mécanismes de recrutement, de renforcer les politiques d’accessibilité et de promouvoir une approche inclusive, afin que la fonction publique reflète réellement la diversité de la société camerounaise.
© Afrique54.net | Marcien Essimi, depuis Yaoundé



