►►Le forum économique Unstoppable Africa 2025 redéfinit un nouveau narratif qui sous-tend l’économie et le marché en Afrique.
Afrique54.net »Le forum « Unstoppable Africa 2025 » a fermé ses portes le lundi 22 septembre 2025 sur une conviction forte : le continent n’est plus seulement une terre d’opportunités, mais un partenaire économique incontournable qui entend définir lui-même les règles du jeu. Lors de cet événement phare organisé en marge de la 80eme Assemblée générale des Nations Unies, chefs d’Etat, dirigeants d’entreprise et investisseurs ont planché sur les stratégies concrètes pour que l’Afrique « pousse son avantage » et façonne activement les marchés mondiaux.
Sous le thème : « The BIG Push: Africa Shapes the Markets », l’édition 2025 de ce rendez-vous, convoqué par le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres et le Président de la Commission de l’Union Africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a acté un changement de narratif profond. Il ne s’agit plus de simplement « faire des affaires en Afrique », mais bien de « faire des affaires avec l’Afrique ». Pendant deux jours, au Marriott Marquis de Times Square, les discussions ont rythmé autour de la transformation verte, du commerce continental, de la révolution numérique et des industries créatives, dessinant les contours d’un futur économique africain audacieux et autonome.
Une feuille de route pour la prospérité continentale
Dans son discours d’ouverture, le SG António Guterres, a campé le décor en soulignant le potentiel unique de l’Afrique, qui dispose de la plus jeune population du monde, d’abondantes ressources énergétiques et d’une créativité extraordinaire. Il a ensuite dressé les quatre piliers essentiels pour transformer cette promesse en prospérité tangible.
Premièrement, libérer le potentiel de la Zone de Libre-échange Continentale Africaine (ZLECAf) nécessite de combler le déficit en infrastructures (routes, ports, réseaux énergétiques) et d’harmoniser les réglementations. Deuxièmement, mener une révolution industrielle verte est impératif, en réorientant les investissements vers les énergies renouvelables et en veillant à ce que l’exploitation des minéraux critiques se fasse dans le respect des principes de justice et de durabilité. Troisièmement, transformer les systèmes alimentaires pour mettre fin au paradoxe d’un continent disposant de 60 % des terres arables non cultivées du monde mais important massivement de la nourriture. Enfin, accélérer le saut numérique du continent, notamment en garantissant sa pleine participation à la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle.
Des annonces concrètes pour une ambition numérique
Le deuxième jour du forum a été marqué par des annonces fortes qui illustrent la montée en puissance de l’Afrique dans la sphère technologique. Strive Masiyiwa, le fondateur d’Econet Global et de Cassava Technologies, a révélé les plans pour établir le premier réseau africain d’« usines à IA » (AI factories), alimentées par des processeurs NVIDIA, avec un achèvement prévu fin 2026. Cette initiative vise à favoriser l’innovation locale et à accélérer la participation de l’Afrique à l’économie mondiale de l’IA.
Parallèlement, Meta a signalé de futures opportunités d’investissement dans l’écosystème numérique africain, témoignant de la confiance des géants tech dans le potentiel du continent. Pour structurer ces efforts, la Global Africa Business Initiative a officiellement lancé une « Voie d’action pour la transformation numérique », qui vise à connecter les entreprises, les gouvernements et les innovateurs autour d’objectifs communs : améliorer les services gouvernementaux, étendre l’accès à Internet, former aux métiers du futur et promouvoir une utilisation responsable de l’IA.
Financer l’avenir par l’épargne locale
La question du financement, clé de voûte de toute transformation, a fait l’objet d’une réflexion approfondie. Les discussions ont mis en avant le rôle crucial du leadership financier local pour piloter la transition énergétique du continent. Alain Ebobissé, le PDG d’Africa50, a plaidé pour une augmentation des investissements africains dans les infrastructures, notant que les investisseurs institutionnels du continent gèrent plus de 2 000 milliards de dollars, mais en allouent moins de 3 % aux infrastructures. Porter cette allocation à 5 % comblerait une part significative du déficit de financement.
Dans la même veine, l’Africa Finance Corporation (AFC), en collaboration avec des institutions de pension africaines, a lancé l’initiative « Africa Savings for Growth ». Son objectif est d’explorer les moyens d’orienter l’épargne institutionnelle africaine, évaluée à au moins 1 170 milliards de dollars, vers des investissements à plus long terme qui soutiennent une croissance inclusive. Il s’agit de mobiliser les capitaux internes pour construire une autonomie financière stratégique.
Vers une intégration commerciale accrue
Les sessions consacrées au commerce ont mis en lumière les stratégies pour renforcer la résilience et l’agence de l’Afrique dans un paysage géopolitique fragmenté. La Directrice générale de l’OMC, Dr. Ngozi Okonjo-Iweala, a noté que les entreprises mondiales cherchent à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement et que l’Afrique se distingue comme une destination de choix.
Des projets concrets d’intégration régionale ont été présentés, comme le Corridor de Lobito. Le Président angolais, João Lourenço, en a exposé le potentiel pour booster le commerce régional et la croissance industrielle, en connectant les océans Atlantique et Indien. Pour faciliter ces échanges, le Président du Botswana, Duma Boko, a appelé à une harmonisation des lois et des systèmes à travers l’Afrique, plaidant pour des partenariats public-privé plus forts et des processus administratifs simplifiés. Un message repris par 14 PDG représentant un chiffre d’affaires annuel de plus de 20 milliards de dollars en Afrique, qui ont appelé les gouvernements à une harmonisation réglementaire accrue.
Le mot de la fin est revenu à la Vice-secrétaire Générale des Nations Unies, Amina J. Mohammed, qui a résumé l’esprit du forum : « La résilience de l’Afrique, c’est la façon dont nous nous appuyons sur ce que nous avons pour renforcer nos marchés, nos économies et nos démocraties… Unstoppable Africa est un espace pour nous rappeler que nous allons de l’avant avec notre propre récit, sur nos propres termes ».
© Afrique54.net │Eric Martial Ndjomo E.



