►►Du lac Taihu, dans l’est de la Chine, au lac Victoria, en Afrique de l’Est, le tilapia est devenu le témoin d’une coopération agricole sino-africaine qui passe du simple transfert d’espèces de poissons au partage de technologies.
NANJING-En 2022, Yohana Mirumbe, responsable au ministère tanzanien de l’Elevage et de la Pêche, est venu en Chine suivre un master dans le cadre d’un programme du ministère chinois du Commerce. A Wuxi, dans la province du Jiangsu (est), il a étudié au Centre de recherche sur la pêche en eau douce de l’Académie chinoise des sciences halieutiques, où il a reçu une formation en aquaculture et découvert les politiques chinoises de protection des ressources halieutiques, dont le moratoire décennal sur la pêche dans le fleuve Yangtsé.
Revenu en Tanzanie l’année dernière, il travaille désormais à la protection des ressources halieutiques au bord du lac Victoria. Plus grand lac d’Afrique, le lac Victoria produit environ un million de tonnes de poissons par an et fait vivre de nombreux habitants d’Afrique de l’Est. Toutefois, ce lac fait face à une situation de surpêche : pour y répondre, des périodes de fermeture de la pêche ont donc été instaurées, à l’instar du moratoire chinois, comme l’explique M. Mirumbe.
Cette fermeture saisonnière est une première étape. Originaire d’Afrique, le tilapia est devenu en Chine une importante espèce d’élevage après des décennies de sélection et d’innovation technique. En Tanzanie, il constitue une source essentielle de protéines, mais la surexploitation ne permet plus à la production naturelle de répondre à la demande. « L’aquaculture, notamment l’élevage en cages à Musoma, n’en est qu’à ses débuts et nécessite l’encadrement de personnes expérimentées », souligne M. Mirumbe.
C’est dans ce contexte qu’il a fait appel à Xu Junlei, fondateur d’une entreprise aquacole à Wuxi, rencontré lors d’une visite pendant ses études en Chine. M. Xu, qui a mis au point l’élevage artificiel à grande échelle d’une espèce rare du Yangtsé, s’est rendu cette année en Tanzanie.
« J’ai parcouru le lac Victoria en bateau : l’eau y est de très bonne qualité et profonde, et les conditions sont très favorables à l’élevage en cages », raconte M. Xu. Sur les marchés locaux, il a constaté une forte demande. « Le matin, les poissons s’empilent en une véritable montagne. A midi, il n’en reste que quelques tas. Dans l’après-midi, tout est vendu. »
Au bord du lac, les deux hommes ont imaginé une chaîne industrielle complète. D’abord, introduire en Afrique des techniques chinoises d’élevage couvrant tout le cycle de vie, ensuite, transformer le tilapia en conserves pour la Tanzanie et d’autres pays africains, enfin, produire la farine de poisson à partir des arêtes pour l’alimentation animale.
« Si ce projet se concrétise, les revenus de la pêche, aujourd’hui ponctuels, pourront se transformer en bénéfices durables. Cela profitera non seulement aux pêcheurs, mais aussi à toute la région de Musoma et au-delà », espère M. Mirumbe.
L’année 2026 marque le 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et l’Afrique, ainsi que l’Année sino-africaine des échanges humains et culturels. Du lac Taihu au lac Victoria, le tilapia, parti d’Afrique avant d’y revenir avec des technologies chinoises, illustre une coopération sincère et un développement partagé entre les civilisations.
By Xinhua


