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Cameroun : à Bamenda, Chief Joseph Dion Ngute mise sur le dialogue communautaire pour mettre fin à une décennie de conflit

■■ En déplacement dans la région du Nord-Ouest, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a lancé, le 15 octobre, une initiative de dialogue communautaire destinée à favoriser le retour à la paix. Entre reconstruction, réinsertion des ex-combattants et revendications des populations, le gouvernement cherche à transformer les avancées sécuritaires en stabilité durable.

 

 

 

Bamenda,  Afrique54.net ǀ  À Bamenda, le pouvoir camerounais entend ouvrir un nouveau chapitre dans la résolution de la crise anglophone. Jeudi 15 octobre, le Premier ministre, chef du gouvernement, Chief Dr Joseph Dion Ngute, a donné le coup d’envoi d’une initiative de dialogue communautaire dans la région du Nord-Ouest, au nom de la vision du président Paul Biya. L’objectif affiché : mobiliser les familles, les autorités traditionnelles, les responsables religieux et la société civile pour convaincre les séparatistes encore armés de renoncer à la violence.

Devant les participants, le chef du gouvernement a reconnu les limites de la seule réponse militaire. « L’armée a stabilisé la région, mais elle ne peut pas entrer dans chaque recoin pour en déloger les séparatistes », a-t-il déclaré, appelant les communautés à prendre leur part dans la recherche d’une solution.

« Notre responsabilité ultime de mettre fin à ces souffrances repose sur nos épaules », a-t-il insisté, exhortant les familles à renouer le dialogue avec leurs proches engagés dans les groupes armés.

Dix ans après le début de la crise, les conséquences humaines et matérielles demeurent au cœur des préoccupations. Pour Chief Dr Joseph Dion Ngute, il est temps de mettre un terme à une guerre qui a provoqué destructions, assassinats et déplacements de populations.

La reconstruction, un chantier encore inachevé

Au-delà de l’appel politique, les autorités mettent en avant les efforts de reconstruction engagés dans la région. Le gouverneur du Nord-Ouest, Adolphe Lele Lafrique, a présenté le bilan des interventions publiques, tout en reconnaissant des retards administratifs et techniques dans l’exécution de certains projets en 2026.

Dans le cadre du Plan présidentiel de reconstruction et de développement (PPRD), 77 projets avaient été ciblés dans la région pour la période 2025-2026. Selon le gouverneur, 25 étaient achevés, tandis que d’autres se poursuivaient, pour un taux d’exécution physique annoncé de 66 %.

Le responsable régional a également salué la coopération croissante entre les populations, les autorités traditionnelles, les responsables religieux et les forces de sécurité. Il a appelé les habitants à signaler les informations susceptibles de contribuer à la prévention des violences, tout en soulignant l’importance du professionnalisme des forces de maintien de l’ordre.

Mais la reconstruction ne saurait se résumer aux infrastructures. Paul Tassong, président du Comité de pilotage du PPRD, a rappelé que les équipements publics ne suffisent pas à réparer les fractures sociales provoquées par le conflit.

 

 

Le programme a notamment permis, selon lui, la construction de 18 salles polyvalentes destinées aux femmes et aux filles, ainsi que de trois palais traditionnels. Parallèlement, plus de 20 000 demandes liées à la reconstruction de logements font l’objet de vérifications destinées à garantir une attribution transparente des aides.

Représentation politique et emploi des jeunes au cœur des revendications

Les consultations organisées à Bamenda ont également permis aux représentants des sept départements du Nord-Ouest d’exposer leurs préoccupations. Parmi les revendications exprimées figurent une meilleure représentation politique, l’accès aux opportunités économiques et le renforcement du dialogue à l’échelle locale.

Au nom des autorités traditionnelles du département de Menchum, le Fon Mbuh II, chef traditionnel de Weh, a dénoncé ce qu’il considère comme une marginalisation de son territoire dans les nominations aux hautes fonctions administratives. Il a notamment affirmé que Menchum n’avait jamais eu de ministre ni de directeur général depuis la réunification.

Le chef traditionnel a aussi annoncé la volonté des autorités coutumières de mener des échanges directs avec les jeunes afin de favoriser leur retour dans les communautés.

La question de l’emploi a, elle aussi, occupé une place centrale. Mekom Samuel, président régional du Conseil national de la jeunesse du Cameroun, a estimé que le chômage et les difficultés économiques rendaient une partie des jeunes vulnérables aux discours de violence.

Il a plaidé pour des mesures plus rapides en faveur des personnes ayant déposé les armes dans le cadre du programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR). Selon lui, les retards dans leur réinsertion peuvent décourager d’autres combattants de renoncer à la lutte armée.

Le responsable de jeunesse a également proposé des incitations économiques concrètes pour les personnes qui se rendent volontairement, estimant qu’une aide rapide à la réintégration pourrait encourager d’autres combattants à suivre le même chemin.

Du dialogue aux résultats : le défi de la confiance

L’initiative lancée à Bamenda ouvre une nouvelle séquence dans la stratégie gouvernementale pour le Nord-Ouest. En associant reconstruction matérielle, médiation communautaire et réinsertion économique, les autorités cherchent à consolider les progrès sécuritaires et à rétablir durablement la confiance.

La réussite du dispositif dépendra toutefois de sa capacité à traduire les consultations en actions concrètes. L’accès à l’emploi, le traitement des demandes de reconstruction, la prise en compte des revendications locales et l’efficacité du programme DDR constitueront des indicateurs déterminants.

Le dialogue communautaire devra également convaincre les populations de sa capacité à répondre à leurs préoccupations et à ouvrir des perspectives crédibles aux jeunes encore attirés par les groupes armés.

À Bamenda, le gouvernement affiche ainsi une ambition : faire des communautés des acteurs centraux du retour à la paix. Reste à transformer cet appel en résultats mesurables, dans une région où une décennie de violences a profondément éprouvé les populations et les institutions.

 

©  Afrique54.net ǀ  Marcien Essimi

 

 

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