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Gabon : Me Jacques Roungou interpelle Brice Clotaire Oligui Nguema sur l’échec de la rupture

■■ Dans une lettre ouverte au président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, Me Jacques Roungou dénonce les conséquences sociales des déguerpissements, questionne la persistance des pratiques de l’ancien régime et plaide pour une refondation institutionnelle autour de six chantiers prioritaires.

Libreville , Afrique54.net  ǀ Le changement de pouvoir intervenu le 30 août 2023 au Gabon avait fait naître l’espoir d’une rupture avec les pratiques de l’ancien régime. Trois ans plus tard, la question de l’héritage politique de Brice Clotaire Oligui Nguema reste au cœur du débat. Dans une lettre ouverte datée du 11 octobre 2026, Me Jacques Roungou interpelle le chef de l’État gabonais sur les attentes populaires, la gouvernance et les réformes nécessaires à la refondation de la République.

Le ton est direct. L’auteur estime qu’une partie importante de la population tient désormais le président pour responsable de ses difficultés. Il cite notamment les opérations de déguerpissement, qu’il décrit comme ayant été menées sans préavis ni indemnisations adéquates. Pour les familles concernées, ces terres représentent bien davantage qu’un patrimoine matériel : elles sont un ancrage social et mémoriel.

« L’histoire d’aujourd’hui vous offre pourtant une opportunité historique : celle d’une rupture nette avec les méthodes brutales d’un autre âge », écrit Me Roungou. Une interpellation qui place la gestion des expulsions au cœur du bilan politique du président gabonais.

Une rupture encore à démontrer

Au-delà des tensions foncières, la lettre pose une question centrale : le changement de dirigeant s’est-il accompagné d’une véritable transformation du système politique ?

Me Jacques Roungou rappelle le parcours de Brice Clotaire Oligui Nguema au sein des institutions sécuritaires, notamment à la tête de la Garde républicaine, sous les présidences d’Omar Bongo Ondimba et d’Ali Bongo Ondimba. Cette proximité avec l’ancien pouvoir nourrit, selon lui, les interrogations sur la profondeur de la rupture engagée depuis 2023.

« Quel est le sens véritable de votre magistère depuis le 30 août 2023, dès lors que l’on observe la reconduction des mêmes acteurs et la perpétuation des mécanismes du système déchu ? », demande-t-il.

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Pour l’auteur, les réalisations en matière d’infrastructures et de voiries ne suffisent pas à garantir un héritage politique durable. Celui-ci doit reposer sur la transformation structurelle de l’économie, le développement industriel et la création d’emplois pérennes.

« Le véritable legs d’un dirigeant réside dans l’édification d’un tissu industriel de production, de transformation, de transport, de commercialisation et d’exportations », affirme-t-il. Cette vision place la diversification économique au centre des priorités, dans un pays où la valorisation locale des ressources constitue un enjeu majeur.

 

Six chantiers pour refonder la République

Pour sortir de cette impasse, Me Jacques Roungou appelle à la convocation d’États généraux de la Nation autour de six priorités : la révision de la Constitution pour garantir l’équilibre des pouvoirs ; la réforme du Code électoral pour assurer des scrutins transparents et inclusifs ; la refonte du Code de la nationalité ; la révision des accords hérités de la période coloniale ; la création d’une Commission nationale Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation ; enfin, la libération sans condition des prisonniers d’opinion.

Pour l’auteur, l’enjeu dépasse le simple renouvellement des responsables publics. Il s’agit de revoir les fondements institutionnels, de restaurer la confiance des citoyens et de répondre aux fractures politiques et sociales.

« Vous devez choisir de substituer aux courtisans d’hier des serviteurs intègres, plaçant l’intérêt général au-dessus des ambitions claniques », exhorte-t-il. Cette exigence de probité et de responsabilité constitue, à ses yeux, une condition essentielle pour redonner du crédit à l’action publique.

L’épreuve de l’héritage

En conclusion, Me Jacques Roungou invite le président gabonais à choisir entre la préservation des mécanismes hérités du passé et la construction d’un nouvel ordre politique. Il l’exhorte à renouer le pacte entre l’État et les citoyens, estimant que la légitimité durable d’un dirigeant se mesure davantage aux transformations accomplies qu’à sa visibilité médiatique.

La lettre s’achève sur une sagesse attribuée au peuple Bawumbu : « Dans un village, l’enfant qui refuse les conseils ne grandit pas. S’il grandit, il grandit mal ; et s’il vieillit, il vieillira très mal. »

Derrière cette formule, le message est sans ambiguïté : écouter la population n’est pas un signe de faiblesse, mais une condition de la cohésion nationale. Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, l’enjeu est désormais de traduire la promesse de rupture en transformations politiques, institutionnelles et économiques durables.

 

©  Afrique54.net  ǀ Abdoul Kader , depuis Yaoundé

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