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Au bout de 60 ans, le Festival Off Avignon est devenu un pilier “incontournable” du spectacle vivant français, selon son directeur délégué Harold David

►►Soixante ans après sa naissance, le Festival Off Avignon s’est imposé comme bien plus qu’un rendez-vous estival consacré au spectacle vivant. Né en 1966 dans le sillage du Festival d’Avignon, il est devenu au fil des décennies un espace d’expérimentation artistique, un tremplin pour les compagnies indépendantes et une plateforme incontournable de diffusion. À l’occasion de cet anniversaire, Harold David, directeur délégué de l’association Avignon Festival & Compagnies (AF&C), qui coordone le Festival Off Avignon, revient sur les singularités d’un modèle fondé sur l’ouverture et l’indépendance, devenu un acteur central de l’écosystème du spectacle vivant en France, tout en évoquant les défis auxquels il est désormais confronté dans un contexte de profondes mutations du secteur et du monde.

PARIS-Le “Off”, un modèle ouvert devenu un pilier du spectacle vivant

Chaque été, au mois de juillet, Avignon change de visage. Les façades se couvrent d’affiches, les artistes défilent dans les rues pour défendre leurs spectacles, tandis que les représentations s’enchaînent du matin jusqu’à la nuit dans plus d’une centaine de théâtres. C’est au Festival Off Avignon, qui célébrera en 2026 ses soixante ans, que la ville doit une grande partie de son foisonnement artistique et de l’effervescence qui gagne chaque été ses théâtres comme ses rues.

Contrairement au Festival d’Avignon, dit le “In”, construit autour d’une programmation artistique, le Festival Off repose sur un principe d’ouverture. “L’indépendance est complètement fondamentale. Le festival fonctionne en ‘open access’ : à partir du moment où une compagnie dispose des moyens nécessaires pour se produire, elle peut venir présenter son travail, rencontrer un public et des professionnels”, explique Harold David. Sans intervenir dans les choix artistiques, AF&C assure l’organisation générale du festival, tandis que la programmation relève exclusivement des théâtres, qui choisissent librement les compagnies qu’ils souhaitent accueillir.

Au fil des décennies, le Festival Off est devenu bien davantage qu’un lieu de représentation. « Sa principale spécificité dans l’écosystème du spectacle vivant, c’est qu’il est aussi une place de marché », a souligné Harold David. Les compagnies y viennent non seulement pour jouer, mais aussi pour rencontrer des programmateurs susceptibles d’acheter leurs spectacles et de les inscrire dans leurs saisons. Le festival est ainsi devenu « à la fois un festival, un rendez-vous professionnel et une plateforme assez incontournable maintenant sur le plan national et international ».

Cette ouverture se traduit également par une internationalisation croissante. Cette année, près de 10% des 1 579 compagnies et structures de production présentes sont étrangères, soit un nombre qui a doublé en quatre ans.

Pour Harold David, cette évolution porte un enjeu qui dépasse la programmation. Il souhaite faire du Festival Off « une plateforme internationale » où « les cinq continents de la création puissent être représentés », car les arts “peuvent faire tomber les barrières et les stéréotypes” et les artistes sont “des médiateurs d’une vision du monde multiculturelle et multilingue”. Il regrette toutefois que le continent africain reste encore peu représenté, principalement en raison des coûts de participation et des difficultés d’obtention des visas.

Une scène internationale sans recette du succès

Avec 1 812 spectacles, près de 27 000 représentations dans 141 théâtres et environ 1,4 million de billets vendus, le Festival Off confirme cette année encore son pouvoir d’attraction. Derrière ce succès apparent, le taux moyen de remplissage des salles, de 54%, rappelle aussi l’extrême dispersion de l’offre. Plus que jamais, chaque compagnie doit trouver son public.

Face à cette diversité des spectacles et des publics, Harold David refuse pourtant l’idée d’une formule applicable à toutes les productions. « S’il existait une recette, cela ferait longtemps qu’on n’aurait que des succès à Avignon. »

Selon lui, tous les styles peuvent trouver leur public et la réussite ne se mesure pas de manière uniforme. « On peut être complet tous les jours avec quarante ou cinquante personnes. Dans d’autres réseaux, ce ne serait pas considéré comme un succès. À Avignon, cela peut l’être. »

Si aucun genre n’est privilégié, un spectacle doit avant tout être « abouti, sincère et engagé ». Mais la qualité artistique ne suffit pas : le lieu d’accueil, les conditions professionnelles, la communication et le bouche-à-oreille jouent également un rôle essentiel. En un mot : “Il n’y a pas de règle.”

C’est là, selon Harold David, que réside la singularité du Festival Off. « C’est la magie d’Avignon : des spectacles qui viennent pour la première fois, sans production particulière ni star dans leur casting, peuvent rencontrer un vrai succès, parfois pendant plusieurs années. C’est ce qui rend le festival unique : il donne potentiellement à tout le monde la chance de rencontrer son public. »

Le défi désormais n’est plus de créer, mais de diffuser

Pour Harold David, la vitalité du Festival Off ne doit pas masquer ses difficultés. Le premier défi est celui du changement climatique. « Est-ce qu’on pourra continuer à organiser un festival en juillet si les températures continuent à être caniculaires comme ça ? (…) c’est un défi auquel nous ne pourrons pas échapper. »

Mais l’enjeu principal reste celui de la diffusion, ce qui renvoie plutôt à la santé de l’écosystème du spectacle vivant français. « On a de plus en plus de monde (qui vient au festival) pour vendre des spectacles, mais il y a de moins en moins de possibilités pour que ces spectacles soient achetés et donc diffusés. C’est un effet de ciseaux. »

Pour Harold David, cette crise ne traduit pas un désintérêt du public. « Le problème n’est pas le public. En France, il n’y a jamais eu autant de spectateurs dans les salles. » D’après lui, le problème est celui des moyens et du modèle économique, qui empêchent les programmateurs d’acheter des spectacles.

Dans ce contexte, le Festival Off se trouve dans une situation paradoxale : « On pourrait dire que le Festival Off ne connaît pas la crise, alors que toute la filière est en crise. Mais si la seule vie d’un spectacle consiste à venir jouer à Avignon en autoproduction, c’est quand même questionnant par rapport au modèle et puis à l’écosystème dans sa globalité. »

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