■■ La montée en puissance de la Russie en Afrique ne peut plus être appréhendée comme une simple parenthèse dans les recompositions géopolitiques du continent.
Yaoundé, Afrique54.net ǀ C’est l’une des principales thèses qui se dégagent de « Géopolitique de la Russie en Afrique. Essai d’analyse à partir de la République Centrafricaine », ouvrage d’Aristide Donald Bilounga, docteur en relations internationales et études stratégiques. Publié dans la collection « Diplomatie et stratégie » des Éditions L’Harmattan, le livre compte 460 pages et doit paraître le 8 octobre 2026.
La Centrafrique comme laboratoire géopolitique
Dans la note de présentation de l’ouvrage, l’auteur articule son analyse autour de trois grandes problématiques : la persistance de la fragilité sécuritaire centrafricaine, les modalités du positionnement russe dans le pays et les perspectives d’une sécurité coopérative intra-africaine.
La République centrafricaine apparaît ainsi comme un observatoire privilégié des transformations de l’ordre géopolitique africain. Le livre s’intéresse notamment à la période ouverte depuis 2017, au cours de laquelle l’influence russe s’est progressivement affirmée dans un espace longtemps marqué par la présence française.
Selon l’analyse présentée dans la note, cette évolution peut être interprétée comme une stratégie de substitution progressive à la France, avant de prendre une dimension plus large dans la compétition entre la Russie et les puissances occidentales.
Cette lecture s’inscrit dans un contexte centrafricain marqué par des décennies de coups d’État, de mutineries, de rébellions et de guerres civiles, auxquelles s’est ajouté le terrorisme. L’ouvrage examine donc les facteurs structurels et conjoncturels qui expliquent la permanence de l’instabilité dans le pays.
Moscou, entre intérêts économiques et ambition stratégique
Le deuxième axe de l’ouvrage porte sur les intérêts russes en Centrafrique. Ceux-ci sont analysés simultanément aux niveaux national, sous-régional, régional et mondial. L’auteur relie notamment la présence russe en Afrique à la volonté de Moscou de diversifier ses marchés, de renforcer ses relations avec les pays du « Sud Global » et de défendre une conception multipolaire des relations internationales.
La note souligne également l’importance du Sommet Russie-Afrique de juillet 2023 dans le renforcement de cette politique africaine. Dans cette perspective, la Centrafrique ne serait pas un cas isolé, mais s’inscrirait dans une démarche russe plus globale de retour et de consolidation de son influence sur le continent.
Le facteur sécuritaire et les sociétés militaires privées
L’un des chapitres les plus sensibles concerne les instruments sécuritaires utilisés par la Russie. L’étude accorde une place particulière aux sociétés militaires privées et à leur rôle dans la stratégie extérieure des États. Elle analyse notamment l’essor de Wagner en Centrafrique comme une manifestation de ce que l’auteur qualifie de « guerre par procuration » dans la compétition entre Moscou et les puissances occidentales.
LIRE AUSSI
- Sommet Russie-Afrique : Moscou prépare un nouveau rendez-vous économique et humanitaire en octobre 2026
- Les attentes des vieux amis
- Elections législatives en Russie : Russie unie à 57,83 % selon les résultats préliminaires
- LIVREǀ Le Pr Adolphe Minkoa She présente un traité inédit sur le droit pénal camerounais
Cette évolution transforme la Centrafrique en espace de confrontation diplomatique et stratégique, avec, en parallèle, une réaction française destinée à préserver ses intérêts dans une région où son influence historique est contestée.
L’enjeu majeur : l’autonomie stratégique africaine
Au-delà de la rivalité russo-occidentale, Aristide Donald Bilounga ouvre une autre perspective : celle de la capacité des États africains à construire leurs propres mécanismes de sécurité.
Le quatrième chapitre défend ainsi l’idée d’une sécurité collective reposant davantage sur les capacités africaines. CEMAC, CEEAC, CEDEAO et Union africaine sont appelées, dans cette réflexion, à renforcer leurs moyens politiques, financiers et stratégiques afin de réduire la dépendance aux alliances avec les puissances extérieures.
L’intérêt de l’ouvrage réside finalement dans ce déplacement du regard : derrière la compétition entre la Russie, la France et l’Occident, se pose la question de la capacité de l’Afrique à devenir elle-même un acteur de régulation géopolitique.
En 460 pages, « Géopolitique de la Russie en Afrique » propose ainsi une lecture pluridisciplinaire mêlant histoire, géographie, droit, économie, sociologie et science politique. La note de l’ouvrage reconnaît certaines limites liées notamment à l’accès aux sources administratives, tout en présentant cette recherche comme une contribution à la réflexion sur l’autonomie stratégique des États africains.
Pour l’Afrique centrale comme pour le reste du continent, l’ouvrage pose donc une question centrale : dans un environnement international marqué par le retour des rivalités de puissances, quelle place les États africains veulent-ils occuper dans la définition de leur propre sécurité et de leur avenir stratégique ?
© Afrique54.net ǀ Marcien Essimi , depuis Yaoundé



