►►Selon Global Initiative Against Transnational Organized Crime, la vente de bétail volé dans la zone des trois frontières entre le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Ghana permet l’achat d’armes.
Afrique54.net‹ Le vol de bétail constitue un élément central de l’économie de guerre en Afrique de l’Ouest et au Sahel, actuellement épicentre mondial du terrorisme, représentant plus de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde – avec le Burkina Faso comme pays le plus touché.
« Les deux principaux groupes extrémistes violents sahéliens, Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à al-Qaïda, et l’État islamique dans la province du Sahel (IS Sahel), s’appuient sur le vol de bétail pour financer et approvisionner leurs activités. La vente de bétail volé permet l’achat d’armes, de carburant, de motos et d’autres ressources essentielles », affirme Global Initiative Against Transnational Organized Crime.
Exploitation des ressources des Etats
D’après l’enquête de Global, en s’intégrant à l’économie pastorale et en protégeant les communautés d’éleveurs dans les zones où ils exercent une influence significative, ces groupes acquièrent également une forme de légitimité et renforcent leur soutien local. Le JNIM, en particulier, étend sa présence vers le sud, gagnant du territoire et exploitant les ressources des Etats côtiers, notamment dans la zone des trois frontières entre le Burkina Faso, le Ghana et la Côte d’Ivoire.
« Le JNIM a mis en place des chaînes d’approvisionnement transfrontalières qui traversent cette zone pour le carburant, la nourriture et le financement. Le groupe utilise également ces circuits logistiques pour blanchir le bétail volé au Sahel, générant ainsi des profits pour soutenir ses opérations et renforcer ses opérations », révèle Global Initiative Against Transnational Organized Crime.
Implication des VDP dans le vol de bétail
Les recherches ont permis de découvrir que la Katiba Banfora, se spécialise dans la collecte de ressources et le soutien logistique aux unités combattantes dans tout le Sahel, notamment au centre du Mali. Le bétail représente l’une de ses principales sources de revenus. Le JNIM vole du bétail lors d’attaques contre des villages ou impose des taxes aux éleveurs dans les zones ou corridors sous son contrôle. La plupart des vols ont lieu en dehors de la zone des trois frontières, dans des zones de conflit situées plus au nord, tandis que cette zone sert de point de transit et de blanchiment.
« Le JNIM n’est pas le seul acteur du conflit à tirer profit de cette économie. Les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), forces auxiliaires de l’Etat burkinabè, sont depuis 2024 des auteurs majeurs de vols de bétail dans la région du Sud-Ouest du Burkina Faso, sapant profondément la confiance envers l’Etat », détaille Global. Les VDP pillent des animaux dans le cadre d’opérations de contre-terrorisme ciblant des communautés accusées de connivence avec le JNIM, et saisissent de force du bétail lors de patrouilles.
Rôle de la région de Upper West
Le JNIM et les VDP acheminent le bétail volé vers des zones proches des frontières avec le Ghana et la Côte d’Ivoire. La région de Upper West au Ghana constitue un hub essentiel de blanchiment pour le bétail volé au Burkina Faso, facilitant les flux financiers vers le JNIM, les VDP et des réseaux criminels associés. La région de Bounkani en Côte d’Ivoire joue un rôle secondaire mais significatif dans cet écosystème. Par une chaîne complexe d’intermédiaires, le bétail volé est vendu soit sur des marchés régionaux clés, soit sur des marchés noirs locaux, avant d’être acheminé vers le sud pour être écoulé sur les grands marchés de consommation.
Vente du bétail volé à plein tarif
Le JNIM obtient des ressources dans ces deux pays sans recourir à la violence, révélant une stratégie d’extraction non violente dans les corridors logistiques clés.
L’implication d’acteurs armés dans le commerce transfrontalier du bétail perturbe les dynamiques commerciales, générant des profits doublés ou triplés pour les intermédiaires et commerçants ghanéens et ivoiriens, qui achètent du bétail volé à prix cassé pour le revendre à plein tarif. Les grands négociants régionaux en bétail sont ceux qui tirent le plus de profits, avec une marge brute moyenne de 400 € par tête de bétail.
© Afrique54.net │Lucien Embom



