Comment les forêts peuvent lutter contre la crise climatique
►► La disparition des forêts est dévastatrice pour la faune et les milliards de personnes qui dépendent des forêts pour leur alimentation, leur eau et d’autres biens essentiels. Mais la déforestation comporte un autre danger, souvent négligé car elle alimente le changement climatique.
Afrique54.net | Chaque année, l’humanité défriche 10 millions d’hectares de forêts, soit une superficie équivalente à la taille du Portugal. La perte de ces écosystèmes est dévastatrice pour la faune et les milliards de personnes qui dépendent des forêts pour se nourrir, s’approvisionner en eau et d’autres produits essentiels.
Déforestation un moteur de la crise climatique
La déforestation est un danger pour l’environnement car elle alimente le changement climatique. L’abattage d’arbres dans les zones tropicales libère à elle seule plus de 5,6 milliards de tonnes de gaz à effet de serre qui réchauffent la planète chaque année. C’est plus de quatre fois le total combiné de l’aviation et du transport maritime.
Alors que les pays se préparent à mettre à jour leurs engagements nationaux en matière de climat en 2025, un élément clé de l’Accord de Paris sur le Changement Climatique, les experts les exhortent à inclure des objectifs concrets pour mettre fin à la déforestation et restaurer les forêts. Sans ces dispositions, disent les experts, les pays auront du mal à maîtriser une crise climatique qui bat le record de température et déclenche des conditions météorologiques extrêmes à l’échelle globale.
« Non seulement les forêts abritent une riche biodiversité et fournissent des ressources aux sociétés humaines et aux économies, mais elles jouent un rôle essentiel dans la stabilisation de notre climat », renseigne Mirey Atallah, chef du service de l’adaptation et de la résilience au changement climatique du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).
« Si nous voulons avoir le moindre espoir de ralentir le changement climatique, nous devons mettre fin à la déforestation », renchérit-il.
Déforestation et crise climatique
Les arbres sont parmi les plus importants entrepôts de carbone de la planète, absorbant l’élément de l’air via la photosynthèse et le stockant dans leurs feuilles, leurs racines et leurs troncs.
Mais lorsque les arbres se décomposent ou sont brûlés, ils libèrent du carbone stocké dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone. Il s’agit d’un gaz à effet de serre qui emprisonne la chaleur près de la surface de la Terre, augmentant les températures et propulsant le changement climatique.
Dans le même temps, la perte d’arbres signifie que les forêts ne sont plus en mesure d’absorber autant de carbone de l’air qu’auparavant. Ce qui est un double coup dur pour le climat.
Lutte contre la déforestation et le changement climatique, une urgence
Les activités humaines comme la combustion de combustibles fossiles, poussent les émissions de gaz à effet de serre à des niveaux record, déclenchant des bouleversements climatiques, notamment des inondations, des sécheresses et des incendies de forêt. Ces catastrophes affectent des millions de personnes et causent des milliards de dollars de pertes économiques chaque année. Et ces pertes sont sur le point de s’aggraver.
Les données du PNUE montrent que, sur la base des engagements nationaux actuels, la planète pourrait se réchauffer 2,5 °C à 2,9°C au cours de ce siècle, bien au-dessus des objectifs de l’Accord de Paris et suffisamment pour déclencher un chaos climatique généralisé. Il est essentiel de réduire rapidement les émissions en sauvant et en restaurant les forêts.
Sauvegarder des forêts un enjeu de lutte contre le changement climatique
Pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 °C, un objectif clé de l’Accord de Paris, le monde doit réduire les émissions de gaz à effet de serre de 22 gigatonnes par an d’ici 2030. L’arrêt de la déforestation pourrait réduire les émissions de 4 gigatonnes par an, selon le Programme ONU-REDD, un partenariat entre le PNUE, le Programme des Nations Unies pour le Développement et l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture. La protection et la restauration des forêts sont l’une des nombreuses solutions fondées sur la nature que les pays peuvent utiliser pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Un rapport de PNUE a révélé que ces stratégies pourraient contribuer à réduire les émissions de 10 gigatonnes à 18 gigatonnes par an d’ici 2050.
Des plans nationaux pour lutter contre la déforestation
Les 195 signataires de l’Accord de Paris sur le Climat adopté en 2015 doivent soumettre des contributions déterminées au niveau national. Ces plans climatiques décrivent comment les pays vont réduire les émissions et peuvent inclure des investissements dans les énergies renouvelables ou la promotion de pratiques agricoles plus durables.
Malgré la capacité des forêts à lutter contre le changement climatique, seuls 40 % des pays les plus enclins à la déforestation ont des mesures pour protéger les forêts dans leurs contributions déterminées au niveau national, selon un récent rapport de l’ONU-REDD.
Avec une nouvelle série d’engagements prévue pour 2025, Atallah dit qu’il s’agit d’une ‘’occasion en or’’ pour les décideurs politiques d’intégrer des objectifs concrets pour la protection et la restauration des forêts.
Vers l’amélioration des plans pour mettre fin à la déforestation
La première étape consiste à fixer des objectifs clairement définis pour mettre fin à la déforestation et restaurer les forêts dans le cadre des contributions déterminées au niveau national, explique Atallah. Les facteurs souvent complexes de la déforestation, notamment l’extraction des ressources et l’expansion incontrôlée de l’agriculture, nécessiteront des dialogues et des compromis nationaux.
Les plans climatiques nationaux devraient également prendre en compte les diverses perspectives des peuples autochtones, des communautés rurales, des femmes et des jeunes, selon le rapport de l’ONU-REDD. Les pays en développement, qui sont à l’origine de la grande majorité de la déforestation, ont également besoin d’un soutien technique et financier pour respecter leurs engagements en matière de protection des forêts.
Le PNUE travaille avec les pays pour s’assurer que les paiements pour les forêts, qu’ils proviennent de la communauté du développement ou des marchés du carbone, reflètent la véritable valeur des écosystèmes forestiers et fournissent un flux de financement significatif aux pays en développement. Selon un rapport publié par ONU-REDD, les prix du carbone forestier devraient rapidement grimper à 30-50 dollars US par tonne d’équivalent dioxyde de carbone pour avoir un impact. A l’heure actuelle, ils sont égaux ou inférieurs à 10 dollars par tonne d’équivalent dioxyde de carbone, ce qui est bien inférieur à ce qu’il en coûte pour entretenir les forêts.
© Afrique54.net | Eric Ngono



