■■ Le premier long métrage du réalisateur camerounais figure dans la section Orizzonti de la 83e Mostra internationale d’art cinématographique de Venise, le plus ancien festival de cinéma du monde, qui se déroulera du 2 au 12 septembre 2026.
Yaoundé, Afrique54.net — Le cinéma camerounais s’offre une nouvelle vitrine internationale. La Maison du Vent, premier long métrage du réalisateur camerounais Auguste Bernard Kouemo Yanghu, a été retenu dans la compétition Orizzonti de la 83e Mostra internationale d’art cinématographique de Venise, qui se tient du 2 au 12 septembre 2026.
D’une durée de 102 minutes, le film est une coproduction entre le Cameroun, la France, la Belgique, le Bénin, l’Arabie saoudite et le Qatar. Il est produit notamment par Horizons d’Afrique, La Mansarde Cinéma, Steel Fish Pictures et Merveilles Production, avec le soutien du Red Sea Fund et du Doha Film Institute.
Une histoire de solitude, de famille et d’exil
La Maison du Vent raconte l’histoire de Josette, une femme âgée vivant seule à Yaoundé. Ses enfants ont tous quitté le Cameroun pour l’Occident. Elle tente alors de les convaincre de construire une maison au pays, dans l’espoir de les voir revenir auprès d’elle.
Dans cette attente, elle se rapproche de Sarah, une jeune femme de son quartier. Une relation qui prend progressivement la forme d’un lien quasi filial. Mais l’arrivée d’Adrien, le fiancé français de Sarah, bouleverse cet équilibre et fait resurgir chez Josette la peur de perdre une nouvelle fois un être auquel elle s’est attachée.
À travers cette histoire intime, le réalisateur aborde des thèmes qui résonnent fortement dans de nombreuses sociétés africaines : l’émigration, la solitude des parents restés au pays, les liens familiaux à distance, l’attachement à la terre natale et la difficulté de reconstruire une famille lorsque les générations sont séparées par les migrations.
Le personnage de Josette est d’ailleurs directement inspiré de la mère du cinéaste, restée seule à Yaoundé après le départ de ses enfants pour l’Europe.
Une première à Venise après plusieurs années de travail
La sélection vénitienne constitue une étape majeure dans la carrière d’Auguste Bernard Kouemo Yanghu. Le projet avait déjà bénéficié d’un soutien dans le cadre du programme Final Cut in Venice en 2025, avant d’intégrer la compétition Orizzonti de cette édition.
Le cinéaste, né à Yaoundé en 1976, s’est formé notamment à l’École supérieure de l’audiovisuel de Toulouse, après ses premiers apprentissages auprès de l’association camerounaise Écrans Noirs. Il a réalisé plusieurs courts métrages remarqués, parmi lesquels Waramutsého !, consacré au génocide rwandais, et Mon ami Fukushima.
Une présence camerounaise dans une compétition internationale
À Venise, La Maison du Vent sera confronté à des œuvres venues de différents horizons du cinéma mondial au sein d’Orizzonti, une section consacrée aux nouvelles tendances esthétiques et narratives.
Le film sera présenté notamment lors des séances professionnelles des 3 septembre, puis au public le 4 septembre à 14h00 à la Sala Darsena et le 5 septembre à 16h30 à l’Astra 2, selon le programme officiel de La Biennale.
Au-delà de la compétition, cette présence représente une opportunité importante pour le cinéma camerounais. Elle permet à une histoire située à Yaoundé, portée par un réalisateur camerounais et tournée autour de réalités sociales africaines, d’être présentée devant les critiques, professionnels, distributeurs et programmateurs réunis à Venise.
Un nouveau signal pour le cinéma camerounais
La sélection de La Maison du Vent intervient alors que les cinémas africains cherchent à renforcer leur présence dans les grands rendez-vous internationaux. Le parcours du film illustre également l’importance croissante des mécanismes de coproduction et des fonds internationaux dans la réalisation de projets cinématographiques africains.
Pour le Cameroun, la présence d’Auguste Bernard Kouemo Yanghu à Venise constitue ainsi bien davantage qu’une simple participation à un festival. Elle offre une visibilité internationale à une œuvre profondément ancrée dans la ville de Yaoundé, ses familles, ses absences et ses espoirs de retour.
Pour Auguste Bernard Kouemo Yanghu, cette sélection s’inscrit dans un parcours déjà riche de nombreuses distinctions internationales, notamment avec Waramutsého ! et Les Empreintes douloureuses, avant d’ouvrir un nouveau chapitre de sa carrière sur l’une des scènes les plus prestigieuses du cinéma mondial.
Avec La Maison du Vent, le cinéaste camerounais porte ainsi sur la scène internationale une histoire intime qui devient, par la force de son sujet, une réflexion plus large sur l’exil, la famille et le rapport à la terre natale. Une nouvelle fenêtre ouverte sur le cinéma camerounais et, plus largement, sur les récits africains contemporains.
© Afrique54.net ǀ Marcien Essimi, depuis Yaoundé



