Exploitation du fer à Ngoyla Mintom au Cameroun : Peut-on promouvoir enfin un dialogue concerté ?
■■La construction du Pipeline Tchad-Cameroun est un cas pratique de gestion participative des projets au Cameroun. Elle peut inspirer le projet minier Ngoyla- Mbalam.
Yaoundé, Afrique54.net – Le Gouvernement avait face à lui les ONG vindicatives. Mais la Banque Mondiale, partenaire central, et l’Etat du Cameroun optèrent pour une approche participative à l’effet de sauvegarder les intérêts des peuples. Le bénéfice des décisions en faveur de l’environnement avait été étalés tout au long de son tracé de 1050 km dont 880 au Cameroun.
Grâce à l’action positive et à l’expertise de certaines ONG et la capacité d’écoute des pouvoirs publics, le tracé du pipeline fut modifié à trois endroits notamment dans la vallée du Mbere, dans la réserve forestière de Deng Deng et dans le département de l’océan.
Autre résultat tangible, la création des trois parcs nationaux suivants au titre des compensations environnementales : le parc National du Mbam et Djerem (4 200 km2, dont la moitié est constituée de forêt tropicale de plaine, l’autre moitié de savane arborée et de savane boisée), le parc national de Deng Deng créé en 2010 (d’une superficie de 52 347 ha) et le parc national de Campo Ma’an (264 064 ha ) érigé en parc national en 2000 afin de protéger sa diversité biologique de forêt littorale contre les dégâts de la déforestation.
Les autres acquis tels que l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan pour les peuples autochtones vulnérables, la revue à la hausse des compensations financières au profit des communautés locales font partis des résultats tangibles d’une collaboration franche des acteurs.
Conservation et développement
A l’analyse des accusations diverses formulées sur la réserve de faune de Ngoyla, Jules Doret Ndongo, Ministre camerounais des Forêts et de la Faune, ne cache pas sa frustration face à la frilosité incompréhensible des ONG et certains acteurs de la société civile : « mon département ministériel est un acteur de premier plan en charge de la protection et de la préservation de la biodiversité au Cameroun. Nous avons signé un MoUavec l’association ASBABUK, pour garantir les droits des peuples Baka, leur libre accès aux espaces et ressources du périmètre résiduel de la Réserve de faune de Ngoyla étendue sur 116 449 ha, dans le cadre de leurs activités ancestrales ». Il admet que le MINFOF n’a ni la prérogative ni la prétention de constituer un frein à la réalisation des projets structurants même si ceux-ci perturbent à un degré raisonnable les équilibres de la biodiversité.
Dans cette logique d’incompréhension il y a bien des choses à faire, des canaux de dialogue à renouer. Le cas spécifique des projets miniers au Cameroun doit mobiliser tous les acteurs impliqués, administrations impliquées, ONG et acteurs de la société civile. La construction du pipeline Tchad-Cameroun avait été un cas d’école.
Les projets miniers du Sud est Cameroun en cours peuvent s’en inspirer pour éviter le désastre de l’exploitation de l’or dans la Kadey notamment. Les ONG peuvent avoir de perspectives nouvelles si des plateformes de concertations s’ouvrent avant que ne démarrent les grandes réalisations autour du fer de Mbalam à l’instar de la construction d’une ligne de chemin de fer. Cela va bien au-delà des prérogatives des départements ministériels en charge de la protection de l’environnement souvent cibles faciles des critiques.
Par Serge Anong pour Afrique54.net



